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Dernier billet: comment faire face au racisme et s'intégrer malgré l'exclusion

Il y a quelques semaines, j'ai participé à l'émission de radio Labrosse-Wellington, diffusée en balado-diffusion sur Radio-Canada. J'y répondais à des questions au sujet du racisme tel qu'il est vécu par les nouveaux canadiens, en milieu universitaire et en milieu professionnel.

Le journaliste cherchait à mettre en lumière les stratégies utilisées et recommandées dans ce contexte, en réponse à l'expérience d'un ami et collègue qui a souffert de racisme et d'exclusion à l'université. Dans cette émission je propose une approche dont j'ai testé l'efficacité à travers mes pérégrinations.

Ce billet est aussi le dernier de ce blog. La fin de l'année 2016 est l'occasion de tourner la page.

Indigène du monde a maintenant dix ans. J'y ai abordé des sujets qui me tiennent à coeur, des voyages à l'immigration, de mes estivages à la politique, et aux lectures intéressantes. À travers 226 billets et une centaine de commentaires rejoignant au moins une soixantaine de lecteurs abonnés et tant d'autres, j'ai apprécié partager mes histoires et mes réflexions avec vous. L'accent d'Indigène du monde a toujours été mis sur la migration, un phénomène vieux comme le monde. J'espère que vous apprécierez d'y revenir de temps en temps.

Bonne (re)lecture et bonne année 2017!

De l'emploi et de la société

Préparé le 26 juillet 2012

Photo: r. osseni
Se retrouver sans emploi et à la recherche du prochain défi est une étape marquante dans la vie de n'importe qui. Cette situation devient d'autant plus marquante que certains éléments viennent l'accentuer: vivre en Occident / en Amérique du nord où le rythme de vie est soutenu et où "on est ce qu'on fait", être entouré de professionnels actifs et d'entrepreneurs à succès etc.

L'une des premières questions justement qu'on pause en rencontrant l'autre est la question de l'emploi. Par là se dessine le statut social, largement lié au revenu: un chauffeur d'autobus est perçu différemment d'un avocat, une gynécologue, d'une infirmière et un agent des douanes se distingue d'un sous-ministre adjoint de la fonction publique fédérale.

Ceci dit, c'en aussi en Amérique du nord que j'ai remarqué que les professions les moins appréciées des intellectuels, les professions manuelles, pouvaient être très bien rémunérées. J'ai vu des éboueurs rouler en Harley Davidson dernier cri et habiter de beaux condominiums, des électriciens se pavaner fièrement sur des plages d'Amérique latine où ils étaient en vacances avec leurs familles. J'ai appris qu'au fond, tout le monde s'il s'y met, peut très bien gagner sa vie. Et ce sont -entre autres- ces possibilités, ce "rêve américain" qui attire autant de nouveaux arrivants vers le Canada, même s'il ne faut pas négliger le besoin de sécurité ou la recherche d'un environnement où il est possible d'être politiquement actif sans craindre pour soi.

Être sans emploi en Occident devient vite une tare sociale et même si l'entourage ne nous met pas la pression, la société est telle qu'on se la met vite soi-même et qu'il faut ensuite avoir des nerfs d'acier pour résister. Une expérience... édifiante, en somme!


Fêter 45 anniversaires à la pizzeria du coin: une autre forme de migration

Hier nous avons célébré l’anniversaire d’un collègue. La soixante d’employés que nous sommes dans mon immeuble s’est retrouvée autour de pizzas, de fruits et de boissons gazeuses. Nous lui avons fait une surprise qu’il a beaucoup appréciée : la pizza avait été commandée et livrée par un restaurant qu’il fréquente depuis 45 ans! Au cours du déjeuner, il a parlé de son appréciation de ce restaurant, et du fait qu’il est né et a grandi dans ce quartier, le même dans lequel se situent nos bureaux.

La pizzeria du coin Source: www.linternaute.com
J’ai été frappé par cette révélation et par la relation de mon collègue à un lieu géographique. Il y a plusieurs semaines, je découvrais qu’une de mes amies, professeur d’université, était l’une des rares personnes que je connaisse qui enseignent à l’université dans la ville où ils sont nés et où ils ont grandi.

J’avais oublié qu’il existe encore des personnes attachées à un endroit précis, une ville, un quartier, un bloc, des rues, des personnes qui auraient pu choisir d’aller ailleurs et qui ne l’ont pas fait, des personnes qui, vraisemblablement le resteront toute leur vie.

Nous autres, migrants perpétuels ou immigrants d’une fois, nous autres « étrangers », « Mopaya », n’avons pas le même rapport au lieu. Pour des raisons diverses qui bien trop souvent nous dépassent, nous avons quitté ces endroits chers à nos cœurs pour nous attacher à de nouveaux paysages. Et quand, par chance, par choix ou par obligation, nous retournons vers les contrées de nos vies passées, ces coins que nous avons quittés enfants, adolescents ou jeunes adultes, nous sommes souvent déconnectés.

Les endroits changent et se métamorphosent. Ils ont changé quand nous y retournons,  et nous de notre côté, avons évolué. Le décalage dans l’espace, la distance de la migration, apparait également comme un décalage dans le temps. Ces places, ces lieux, ces espaces n’existent plus que dans nos mémoires. Nous n’aurons plus jamais l’occasion de les visiter, comme la pizzeria de mon collègue : cette tradition est disparue.

Il nous restent les goûts et les odeurs, bien que les parfums et les saveurs changent eux aussi...

Nostalgie! Panique! Que faire alors face à ce vide? Pour plusieurs, je sais qu’il s’agit de revenir souvent pour « rester ancré. » Revenir vers la terre natale, cultiver les liens avec les familles tout en s'enracinant dans cette nouvelle vie. Pour d’autres, au contraire, il faut simplement créer de nouvelles traditions, apprendre à aimer les lieux qu’on fréquente et les parfums qu’on respire. Il faut vivre au présent, en somme, et laisser le passé derrière, par choix ou par nécessité, même si on le chérit et qu’on en entretient la mémoire. Le temps n’est-il pas ainsi fait, de toute façon, que tout change constamment autour de nous?

Ceci dit, pour moi, tout cela est trop éphémère et je suis de ceux -j'en connais peu- qui se créent une troisième voie: toujours recommencer.

Ironies de l'intégration

Source: http://www.reginaiwc.ca
« Ce qui est dommage dans cette histoire, dit Jean-René Milot, professeur au Département de sciences des religions de l’UQAM, spécialiste de l’islam et des accommodements religieux, c’est que l’un des signes les plus marquants d’intégration, c’est de vouloir être enterré ici. »

L’ironie de cette phrase qui vient conclure l’article de Jean-Benoît Nadeau paru dans l’actualité a attiré mon attention. Milot commentait la bataille que se livrent Stéphane Gendron le maire de Huntingdon – localité de 2 500 habitants située en Montérégie- et des élus municipaux qui refusent de vendre un lot à une association musulmane afin qu’elle puisse y établir un cimetière musulman. Il n’y en a qu’un seul au Québec, le Cimetière islamique de Laval, dont les places seront bientôt toutes remplies.

« Comment une société peut-elle se priver d'autant de talent, de compétence et de capital humain? » se demande Michel Laliberté quant à lui, dans Le Colonialisme du capital humain dans La Voix de l’Est. Il y raconte l’histoire –que nous connaissons tant- d’une immigrante formée dans son pays d’origine et qui, malgré ses 23 ans d’expérience de travail, dont sept au Québec, se voit accorder l'équivalent d'un certificat universitaire par le ministère de l’Éducation qui l'invite à retourner faire un baccalauréat et une année de stage non rémunéré. Comble de l'ironie, elle serait dans les mêmes cours que ceux-là même à qui elle a enseigné! « Refuser de reconnaître les études des immigrants qui viennent chez nous pour travailler, c'est regarder nos nouveaux concitoyens de haut. C'est une forme de colonialisme » conclut le journaliste. 

À tous nos lecteurs, nous souhaitons une année 2014 pleine de paix, de succès et de prospérité. 

De la peur de l'immigration

Source: Europenroll
Il est étonnant d'observer qu'en France où le nombre d'immigrants est proportionnellement inférieur en 2010 (6%) qu'il ne l'était en 1982 (7%), on renvoie quatre fois plus d'immigrants illégaux chez eux qu'il y a dix ans.

Pourtant, d'ici 2060, l'Europe friserait la crise démographique et compterait 70 millions de personnes de moins, sans l'apport de l'immigration.

Alors pourquoi cette peur croissante de "l'étranger"

Du racisme français


Les voyages d'africains vers la France remontant au XIVe siècle sont sans doute forcés. C'est le siècle de l'expansion de la traite vers l'Amérique. Avant, les choses avaient l'air plus glorieuses pour le continent noir et il semble que les normands se soient bien entendus avec les Wolofs deux siècles plus tôt.

Si l'étude de la pensée de Frantz Fanon est aussi bonne que le dit Raphaël Adjobi,  et si l'auteur y présente des penseurs peu connus des africains comme Anténor Firmin et Melville J. Heskovits, je vous recommande de lire Du racisme français: quatre siècles de négrophobie d'Odile Tobner.

Ce qui me frappe, c'est le rappel de l'institutionnalisation du racisme dans la société française, la négrophobie qui traverse les âges, la recherche par la société française d'une justification pour ses abus (le parallèle avec la fable Le loup et l'agneau  de La Fontaine est d'ailleurs fort judicieux) et le flot continu de migrants.


Diaspora diapo: Haïti chérie

Ce billet est écrit dans le cadre d'une série de brefs regards jetés sur les diasporas 


Source: R. Fadden, Tourisme Montréal
Cet après-midi j'ai entendu parlé créole dans les sous-sols de l'immeuble Jean-Talon à Ottawa. Collègues enjoués.

Leurs intonations chantantes m'ont réchauffé le coeur et ont empli mon esprit de souvenirs. Agréables.
On parlait de danse, avec ma gang de chum haïtiens.
On riait aux larmes.

En quelques secondes, j'ai voyagé à Montréal, autour des HEC Montréal et de l'UQAM. Voyagé dans l'espace et dans le temps. Pour revenir aussi vite, dans l'un des ascenseurs qui mènent au deuxième.  

MBA gratuit pour immigrants professionnels


Contribution spéciale de Fatymah

Fatymah est arrivée en Outaouais au Québec en janvier 2012 avec son mari et ses deux garçons. Dans cette nouvelle lettre adressée à une amie qui vit dans son pays d'origine, Fatymah qui en est à sa deuxième contribution à IDM, parle des défis liés à son intégration professionnelle.


Chère amie, 

Aujourd’hui, c’est le premier dimanche marquant la fin de ma première année à titre d'étudiante-épouse-mère-professionnelle-jeune femme. Ai-je oublié une de mes casquettes? Est ce dans le bon ordre?!

Ce fut une année belle, joyeuse et triste à la fois, excitante et stressante, riche en émotions, en pleurs et en leçons de vie. Elle a commencé dans la joie avec mon admission au programme de Maitrise en administration des affaires (MBA) qui sera un défi quotidien jusqu'en juillet 2014 Inch'Allah. D plus, quelques semaines plus tard, j'avais l'honneur d'être le témoin de mariage de mon ami et frère M., lors d’un bref séjour en Afrique. Ce voyage a été marqué par des actions de grâce et l’allégresse des retrouvailles avec la famille et les amis.

Ensuite, pendant sept mois, de septembre 2012 à mars 2013, j'ai couru en vain après un équilibre famille-travail-MBA. J'ai usé de toutes mes tactiques de planification, d'organisation et de stratégie "militaire": menu d'un mois, plats préparés à l'avance, délégation d'autorité maternelle, agenda avec des plages pour les imprévus, chronomètre pour mes travaux à la maison sans avoir le succès escompté parce que j'ai négligé l'impact considérable de la donne la plus importante de ce système : l'Homme.

Je n’ai pas tenu compte de l’importance de mes limites physiques et intellectuelles, des besoins affectifs de ma meilleure moitié et de mes garçons qui ne comprenaient pas toujours mon absence les soirs et les weekend ou qui étaient surpris de me voir à la maison (« Maman, tu ne vas pas à l'école? » « Maman, as-tu des jouets dans ton école? »), des membres de mon équipe MBA dont chacun veut faire valoir son opinion peu importe la perte de temps et d'énergie (ce n’est pas toujours commode le travail d'équipe entre professionnels expérimentés), de certains professeurs qui ne savent pas que les étudiants travaillent durant leur formation, ni de ma vie sociale canadienne et ivoirienne à entretenir...

J'ai célébré mes premières fêtes de fin d'année en tant que maitresse de maison tranquille dans mon salon, sans aucune festivité, les cadeaux de Noël ayant même failli ne pas être emballés par les livreurs du père Noël. J'ai lutté contre la neige et le froid de l'hiver canadien, et parfois regretté le confort de notre ancien appartement où je n’avais pas à me préoccuper du déneigement.
Source: http://thesocietypages.org/sociologylens/2008/12/

Et puis, j'ai pleuré, beaucoup pleuré certains moments. J'étais à bout de forces. Mes nerfs me lâchaient. J'étais frustrée de ne pas avoir d'aide en claquant des doigts comme au pays. J'ai pleuré lorsque je vivais une "injustice" de mon pays d'accueil. J'ai pleuré avec ma sœur A. (que Le Seigneur te fortifie et demeure toujours dans ta maisonnée) qui a perdu son mari. Quelle douleur! Cet épisode m'a ramené 10 ans en arrière vers celui du décès de mon cher et tendre Papa. J'ai pleuré d'inquiétude à cause de bobos ici et là.

Finalement, j'ai abandonné ma quête d'équilibre famille-travail-MBA pour parer aux urgences. Fini l'étudiante modèle qui prépare tous ses cours, la mère modèle qui n'emmène jamais ses enfants au Mc Donald, l'employée consciencieuse qui ne manque jamais à l'appel...

Merci Seigneur d'avoir toujours été tout près de moi, jamais l'idée d'abandonner n'a traversé mon esprit. Merci à mes trois gars pour leur patience, leur compréhension, leur tolérance à mon stress et leurs câlins. Merci aux amis d'ici particulièrement la famille O. pour leurs soupers et leur maison transformée parfois en garderie. Merci à ma famille et mes amis du pays pour leurs mots d'encouragement et les « affairages » qui venaient briser ma routine de stress.

Enfin, l'été tant attendu est là avec ses vagues de chaleur (40°C). Rien de prévu à l’horizon, à part quelques travaux de MBA peu urgents. Je peux enfin prendre simplement le temps de respirer, de vivre calmement et d'offrir un beau sourire à la vie (don de Dieu).

A tantôt,

Fatymah

Immigrants, (in)conscience et réalités

Il m’arrive souvent d’avoir des discussions sur l'immigration canadienne et l'impact négatif de la fuite des cerveaux qui mine l'Afrique. Je reviens souvent dans mes conversations sur la question -trop discutée à mon goût- du manque de reconnaissance des acquis des nouveaux arrivants et sur celle des sempiternels médecins devenus chauffeurs de taxi et des comptables qui font maintenant de l’entrée de données. Et bien souvent, je dois me rendre compte que nous parlons de constat, face à ce problème, et pas de solution. Comment changer les choses? Que faire pour comprendre la source du problème, plutôt que de s'en plaindre? Nous n'avons pas le temps d'explorer cet aspect plus "constructif" des choses...

Et quand nous parlons aux immigrants potentiels, ceux qui cherchent à venir, de l'impact négatif de l'immigration (comme dans cet article que je viens de recevoir et qui parle de la santé des nouveaux arrivants au Canada) ils ont du mal à croire que la réalité locale est si difficile.

N'est-ce pas simplement humain que de préférer constater par soi-même plutôt que de croire ce que disent des journalistes et des blogueurs qui donnent l'impression de vouloir nous décourager? Qu'en dites-vous?

Choix

Photo: UQÀM
Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une amie de longue date. Je l'ai "attrapée au vol", je l'ai surprise en plein déménagement car elle quittait l'Europe pour l'Océanie. Notre correspondance est courte, hachée par les mille et une activités de nos vies quotidiennes entre adaptation, recherche d'emploi et vies de famille et de voyage. Comment se redécouvrir, en ligne, après près de 20 ans de séparation? Je l'aime beaucoup et le jeu, à mes yeux, en vaut la chandelle. Mon amie semble partager mon enthousiasme car elle prend le temps de nourrir cet échange électronique. Il y a quelques jours, elle m'a demandé: "La question qui me vient concerne ton choix de pays de résidence: pourquoi le Canada? Surtout pour toi qui vient d'un pays chaud."

Il y a longtemps que je médite sur cette question. J'ai souvent expliqué mon choix par un désir égoïste de vivre dans un milieu où tout est plus "facile" et "accessible" que là d'où je viens. Cette réponse néanmoins me laisse insatisfait car je suis capable de vivre sans le "facile" et l'"accessible". La réponse est donc incomplète et j'ai répondu ceci, beaucoup plus proche de la vérité que la théorie du "choix égoïste", à mon amie.

"Tout a commencé parce que ma famille y voyait une meilleure opportunité que la France, mon premier choix parce que je vous y aurais tous retrouvé. La France sentait trop le roussi avec les histoires de racisme et de discrimination.  

Métro de Montréal 2012

Une fois sur place et mes études terminées, j'ai décidé de rester. D'abord parce qu'on s'attache à la terre qui nous accueille: Montréal m'a ouvert grand les bras. Amoureux des langues, j'ai pu parler fon et français, espagnol et anglais et j'ai pu, dans le même souffle, apprendre à parler japonais et arabe; j'ai marché sur les docks un soir et fréquenté des boîtes de nuit huppées le soir suivant. J'ai croisé des stars du cinéma, découvert d'une part le jazz et les filles et d'autre part l'importance de la foi, de l'écriture, de la famille et de la photographie dans ma vie; les nouveaux amis que je me faisais, voyageurs de passage, étudiants ou professeurs venaient de partout dans le monde, je n'avais plus besoin de voyager pour les rencontrer. Je me suis attaché à Montréal pour ces raisons, et donc un peu au Canada.

D'autre part, quelqu'un m'a dit il y a plusieurs années que je semblais toujours chercher quelque chose. Cette affirmation me hante toujours parce que j'ai peur qu'elle soit vraie. Si c'est le cas, j'ai besoin de me déplacer et de continuer à chercher. Quand fatigué de Montréal je suis enfin parti en vacances (et en quelque sorte, en exploration) en Europe et en Afrique, et que j'ai pris de la distance -au sens littéral et philosophique du terme- par rapport au Canada, j'ai réalisé que cette terre que j'avais ainsi une chance de fuir en m'installant ailleurs, correspondait parfaitement à ce dont j'avais besoin car elle était vaste et, en un sens, vierge. Ce pays me permettait d'explorer, de migrer, de bouger, de découvrir, en un mot de continuer ma quête sans avoir à quitter les frontières nationales. Je ne pouvais décemment pas m'éloigner des dix provinces et des trois territoires qui forment le Canada parce que je me sentais mal dans une ville, c'était trop bête. Connais-tu la fable de La Fontaine, le laboureur et ses enfants? Il me fallait chercher mon trésor ici d'abord. J'ai migré à Winnipeg et j'ai découvert le Manitoba, la Saskatchewan puis les autres provinces. Les années de bonheur que j'y ai vécu ont conforté mon idée qu'il y avait tellement de différences d'une région à une autre que j'aurais à peine de toute une vie pour faire le tour de ma nouvelle patrie. Au fil du temps, je découvre, comme les enfants du laboureur, que le bonheur est plus dans la quête que dans l'objet de cette dernière...

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le froid quant à lui ne m'a jamais dérangé. D'ailleurs, il a fait plus froid dans les plates Prairies canadiennes où le vent souffle encore plus fort, que partout ailleurs. C'est un peu comme dans une relation amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse. Vu que personne n'est parfaite, on fait des compromis et parfois, on en arrive à aimer les défauts de l'autre car ils le rendent unique. J'ai vite compris que si je n'acceptais pas le froid -et donc ma terre d'accueil comme elle est, je n'avais qu'à retourner d'où je venais. J'ai compris que je n'avais pas à me plaindre et, surtout, après plusieurs années, j'ai compris que je pouvais faire mieux et même apprivoiser ce froid qui distingue si bien mon nouveau pays de tous les autres, en m'habillant bien et en faisant des activités d'hiver. Non, l'hiver ne m'a pas repoussé. Il m'a attiré au contraire car, comme tu l'indiques, je suis né dans un pays chaud. C'est ce que je ne suis pas, ce que je ne sais pas, ce que je connais mal, qui m'attire le plus. Nomade comme toi, petit pionnier des temps modernes, j'aime encore plus aller où personne autour de moi ne veut. 

Permets-moi, amie, d'utiliser cette lettre sur le blog que je tiens et par lequel je veux partager un peu de ce moi dont je viens de te livrer un pan. 

Bises, et à la prochaine question."

Moi, canadien de souche et champion de l'immigration pour... le futur de MES enfants



Comment devient-on un champion de l'immigration? Quelles motivations peuvent-elles justifier de se lancer dans la bataille pour cette "cause" et de vouloir, noblement, aider réfugiés, immigrants économiques, sociaux et autres migrants, à s'installer chez soi?

Au Canada, l'enjeu de la taille et de la croissance de la population est d'abord économique. L'indice synthétique de fécondité est passé de près de 4 enfants par femme au début des années 1960 à 1,49 enfants par femme en 2000 et 1,7 en 2009. Le mode de vie urbain trépidant, la place de la femme sur le marché du travail et les crises économiques ne facilitent pas l'accroissement naturel. Il faut donc, pour accroître la population active, compter sur l'immigration. Pourquoi? Parce que la population active soutient par ses taxes et ses impôts le gouvernement, les jeunes et les personnes âgées. C'est donc, du point de vue du gouvernement canadien une question de survie nationale.

D'autre part, une infime partie -décroissante avec les nouvelles politiques d'immigration- des immigrants sont acceptés pour des raisons "humanitaires" et viennent désormais surtout ... des pays d'Afrique et d'Asie.

Art DeFehr, homme d'affaires manitobain est décrit par le Globe and Mail comme un champion de l'immigration. Cependant c'est la motivation profonde de DeFehr qui me laisse pantois, ce n'est pas son expérience des camps de réfugiés ni son désir d'aider ces derniers mais le désir de garder ses enfants auprès de lui au Manitoba qui lui a fait contribuer à créer une province qui vibre et qui attire. En somme, encore une fois, l'immigrant n'est qu'un payeur de taxes qui contribue au bien-être économique du pays.

 C'est clair qu'il y a des avantages pour celui-ci. Un pays tranquille, des lois qui sont respectés, la relative sécurité, la possibilité d'élever sa famille en paix, d'envoyer de l'argent au pays et de travailler. Mais à quel genre d'emplois les immigrants peuvent-ils vraiment aspirer? Quelles sont leurs chances d'occuper des fonctions de choix au sein des entreprises et des administrations? Quel pourcentage d'entre eux réussit vraiment à se tailler une place de choix dans l'univers professionnel de leur pays d'accueil et à quel prix? Les histoires à succès d'immigrante devenue Gouverneure Générale du Canada et de "parcours réussis" sont une infime minorité comparé à celles de titulaires de doctorats et de médecins devenus chauffeurs de taxi. Il y a d'ailleurs surreprésentation des immigrants au sein de cette profession comme le démontre une étude de Citoyenneté et immigration Canada: "La conduite d’un taxi s’est avérée être l’emploi principal de 255 personnes titulaires d’un doctorat
ou d’un diplôme en médecine (ou un domaine connexe), dont 200 immigrants. Des 6 040 autres
chauffeurs de taxi qui détiennent un baccalauréat ou une maîtrise (12 %), la majorité sont
immigrants (80,7 %). En outre, parmi tous les chauffeurs de taxi immigrants, 20,2 % ont au
moins un baccalauréat; ce taux est quatre fois moins élevé chez les chauffeurs de taxi nés au
Canada (4,8 %)."


Dures lois

Suite à mon billet précédent, je suis tombé sur cet entrefilet qui démontre le durcissement des politiques d'immigration. Il s'agit de l'expulsion d'une femme cleptomane accusée d'avoir volé pour 80$ à 85$ de biens dans une épicerie en 2009. Alors qu'elle a vécu au Canada depuis 1964, et, comme l'indique une téléspectatrice, y a payé ses impôts toutes ces années, Madame Jeannine Poloni risquait l'an dernier de devoir quitter le pays.

J'ignore si elle est vraiment partie.

On pourrait sauter aux conclusions et parler des défaillances du système, mais le problème est un peu plus complexe qu'on ne pourrait l'imaginer. Pendant les 47 ans passées au Québec, madame Poloni, résidente permanente, n'a pas obtenu sa citoyenneté canadienne parce qu'elle avait un casier judiciaire. Elle avait été, en effet, arrêtée plus d'une dizaine de fois pour vol à l'étalage. C'est à cause de son statut et de la gravité de son crime (tout crime condamné à plus de plus de six mois est considéré comme un crime grave) qu'elle risquait l'expulsion, les résidents permanents pouvant être expulsés s'ils commettent des crimes  graves.

Mais alors, comment obtenir sa citoyenneté canadienne et éliminer ce risque, lorsque résident permanent, on a un casier judiciaire?



Le ton semble s'être durci ces dernières années parce que des solutions plus "humanitaires" auraient pu être trouvées dans le cas d'une personne qui vit au Canada depuis plus de 40 ans. Surtout quand on pense aux cas de membres de gangs arrêtés en possession d'arme, accusés de crimes graves, mais à qui on accorde un sursis. Toutefois, n'ayant pas toutes les données de cette affaire, ne sautons pas aux conclusions...

Le Canada, de moins en moins accueillant?

Sommes-nous les citoyens actifs que nous devrions être? Agissons-nous assez, nous informons-nous suffisamment? Il semblerait qu'au Canada nous nous contentions un peu trop de nos acquis et ne prêtons plus attention aux changements majeurs que subit notre société.

Depuis quelques années, la politique d'immigration prônée par le gouvernement canadien change drastiquement. Des pouvoirs accrus sont offerts aux ministères et des lois omnibus permettent de faire des changements sans les vérifications et l'avis du parlement. Pourtant, ces changements pourraient avoir un impact profond sur le tissu social et économique de notre pays ainsi que sur la perception de ce dernier par les immigrants potentiels.

Certains changements semblent bénéfiques: insister sur la maitrise des langues officielles par exemple. D'autres changements ne semblent pas justifiés mais basés sur des anecdotes et les cas d'abus, plutôt que sur de la recherche. Enfin, l'exécution et l'implantation de certaines de ces nouvelles règles peut être problématique.

La Fondation Maytree qui fait la promotion de l'équité et de la prospérité à travers ses analyses politiques, ses subventions et ses programmes, propose un dialogue avec le public sur le genre de Canada que nous voulons et comment se servir de la politique d'immigration pour y arriver. Elle propose de s'assurer que certains principes guident ce dialogue. D'après le rapport publié par la Fondation, la politique d'immigration devrait:

- être basée sur des objectifs sociaux et économiques à long terme et sur un engagement à la citoyenneté;
- être  basée sur des faits et des évaluations, être juste et respectueuse des droits de l'homme;
- être développée sur la base d'un engagement du public, des consultations fédérales-provinciales-territoriales et un processus démocratique;
- améliorer la perception du Canada à l'étranger.

Ceci dit, dans les systèmes démocratiques que nous prônons, la politique (en anglais politics) ne semble t-elle pas aller à l'encontre du bien-être économique et social à long terme d'une population? Comment demander à des élus qui ont un mandat de quatre à cinq ans, de développer une vision à long terme?

Et si, au Canada, mettons qu'ils le faisaient justement, et que leur vision est de changer la perception et la réputation du pays? Dans de telles conditions, on comprendrait mieux et on pourrait s'expliquer la rapidité et la profondeur des changements que subit notre politique (en anglais policy) d'immigration.

Racontez-moi une histoire (Tell Me A Story)

Tell Me A Story est le titre du billet d'Andrea Dyck, conservatrice des cultures modernes et de l'immigration au Musée du Manitoba. Andrea est responsable de la recherches, des collections et des expositions qui ont trait aux nouveaux arrivants au Manitoba depuis la deuxième guerre mondiale.

Andrea est en charge de mettre à jour la collection des histoires d'immigrants recueillie du début du 20ème siècle aux années 70. Elle va parler à des groupes d'immigrants philippins, éthiopiens, mais aussi allemands et mexicains. Ces communautés sont arrivées à différentes périodes et il serait très intéressant d'entendre les histoires que leurs membres ont à raconter.

Déporté

Un cas de déportation attire l'attention dans les nouvelles cette semaine, celui de Beyan Dunoh Clarke reconnu coupable pour le meurtre d'un enfant de deux ans. Six ans après le triste évènement, la Cour a jugé Clarke comme étant dangereux pour le public canadien et ainsi ouvert la porte à la règle de la Convention de Genève pour les réfugiés qui permet sa déportation vers le Liberia dont il s'est enfuit en 1999.

Le cas est présenté dans les nouvelles, entre autres ici.

Togo-Bénin-Canada: histoire d'un réfugié

Dans sa série sur les nouveaux arrivants, l'émission de Radio-Canada "Ici l'été" présente Akakpo Kpalete, 64 ans, un canadien d'origine togolaise qui s'est réfugié au Bénin pendant 15 ans avec sa famille, à cause des remous politiques dans son pays natal.

Parti en mars 1993, il franchit d'abord une distance de 50 kilomètres à pieds jusqu'à Aneho, une ville voisine où il transite pendant deux ans. Puis, au Bénin, il se réfugie dans une mission catholique qui prend également en charge ses enfants. De 1995 à 2010, Caritas, la Croix-Rouge et le Haut Commissariat pour les Réfugiés vont jouer un rôle important dans sa vie.

Arrivé au Canada le 16 juin 2010, il est agréablement surpris par l'accueil qui lui est réservé. Très vite sa famille s'installe et s'adapte. Aujourd'hui, malgré la noyade d'un de ses fils l'an dernier, M. Kpalete qui s'est installé à Gatineau, entrevoit un avenir radieux au Canada.


D'Abidjan à Aylmer


Contribution spéciale de Fatymah

Fatymah est arrivée en Outaouais au Québec en janvier 2012 avec son mari et ses deux garçons. Dans cette lettre adressée à une amie qui vit dans son pays d'origine, Fatymah décrit une partie de son quotidien et parle des défis liés à l'intégration et à l'éducation des enfants dans une famille immigrante.


Ma très chère amie,

J'ai passé une agréable journée qui pourtant, se termine sur une note de tristesse. J'ai dit au revoir, ou plutôt adieu, à certaines personnes avec lesquelles j'ai passé de bons moments et que je ne reverrai plus.

Ma journée a commencé avec la dernière activité de la « classe des Chevaux », l'année scolaire s'achève la semaine prochaine. J'assistais mon cher Pierre-Yves, qui est la vedette de sa classe pour la semaine. Je me suis rendue compte que ses amis ont tous grandi, qu’ils suivent tous bien les consignes de la prof et que mon fils a trouvé sa place dans ce groupe. J'ai assisté à un exercice de préparation à la classe suivante, la première année. Eh oui! Les enfants ne sont plus des « bébés lala ».



C’est couchés sur le sol qu’ils ont fait l’exercice de l'écriture, pour muscler leurs dos, ce qui n’a rien à voir avec le « b-a-ba » de notre temps. Chaque élève devait dessiner les passagers d'un train selon les consignes lues par la maitresse. Pour les bavards comme Pierre-Yves, pas de pieds au mur, pas de « va au coin », mais plutôt des minutes d'atelier perdues. Les pauvres avaient l’air tout tristes de regarder leurs amis jouer en attendant leur tour.

C’est à contrecoeur que j'ai dû les quitter pour me rendre au party (1) du Centre action bénévole d'Aylmer qui met fin aux activités de l'année. De mars à juin, J'ai fait du bénévolat 5h par semaine auprès des personnes âgées. Autre lieu, autre décor. Retrouvailles chaleureuses avec mes collègues bénévoles dont une mauritanienne à l'accent ivoirien et une béninoise nouvellement rencontrée. Les pièces ont été décorées pour l'occasion, nous (bénévoles et personnel du centre) avons accueilli les membres dans la bonne humeur. Beaucoup d'absents, je crois que tout le monde n'aime pas les au revoir. Au menu, diner (2) santé: sandwich, légumes crus et trempette. Après le dessert, un groupe musical s'installe et le show qui va durer deux heures commence. Les membres du centre reprennent les refrains et rejoignent la piste de danse malgré leurs bobos. C'est beau de les voir revivre leur jeunesse à travers ces chansons.

Même les bonnes choses ont une fin, il faut ranger et se séparer. Les plus chanceux ont reçu des cadeaux des amis, et on se donne rendez-vous en septembre pour la reprise des activités. Merci à ce centre qui m'a offert ma première expérience de travail québécoise car faire du bénévolat et s'impliquer dans sa communauté apporte un plus au curriculum vitae.


Après huit mois jour pour jour, je rends grâce à Dieu de cette adaptation et de cette intégration qu'Il a facilitée, à commencer par la douceur de notre premier hiver. Oui, le Canada est un pays qui offre des opportunités aux nouveaux arrivants. Il faut cependant rester à l’affût des bonnes informations, se rendre dans les organismes appropriés, aller vers les autres, accepter de commencer au bas de l'échelle. Peu importe, une première expérience de travail de trois mois dans un centre d’appel jouera sûrement en ta faveur lors de la présélection pour un poste dans ton domaine. L'ambiance de travail dépend de l'entreprise. Dans mon cas, elle est plutôt très professionnelle, avec peu de familiarité. Le boulot c'est le boulot, l'heure c'est l'heure. J'ai été estomaquée d'entendre un collègue refuser du boulot de la « Sup’ » parce qu'il devait rentrer chez lui à 16h30.

Ici, nous reconstruisons notre réseau social. Nous avons rencontré deux familles sympa que nous fréquentons régulièrement: une ivoirienne et une afro-canadienne (ils sont super sympa). C'est le fun de voir les enfants s'amuser et la dernière sortie à « Tubes et jujubes » a même permis aux parents d'essayer des glissades!

Les garçons ont bien grandi, Pierre-Yves parle québécois et Kyle affirme sa personnalité (refus d'obéir, volonté de faire certaines choses lui même, refus d'être « le plus petit »...). Ils ont mieux survécu au changement de mode de vie que leurs parents même si l'heure d'aller au lit pose toujours problème. Malgré les injonctions des parents, ils résistent jusqu'à épuisement et pleurent quelques heures plus tard, au réveil.

Du lundi au vendredi, c'est le rush au réveil afin que tout le monde soit à l'heure au boulot, à l'école et à la garderie. Le soir, tout (souper (2), douche, lecture de mails) se passe au pas de course pour se coucher tôt. Nous n'avons pas encore réussi à ajouter des activités artistiques ou sportives en semaine comme les canadiens. Le week-end, c’est ménage, lessive et épicerie, sorties au parc ou visites aux amis lorsque les parents ne sont pas trop fatigués. C'est épuisant de bosser et s'occuper des enfants et de la maison en même temps. Pas de « Awa », de « Mariam » ou de « Célestine » pour déléguer les tâches ménagères et tu peux être sure que tout est fait comme tu veux. À Ottawa, j'ai découvert un magasin de produits tropicaux aux odeurs du marché gouro de chez nous. Je me suis rendue compte que ça coûte un peu de retrouver les saveurs de son pays.

 
Il reste encore beaucoup de choses à découvrir, à apprendre, à apprécier, à s'approprier. Je te remercie pour ton soutien et tes prières.
Que Dieu veille sur nous.

P.S.: Peu importe la couleur de la peau, les hommes sont pareils. Les canadiens commettent des infractions routières, certains canadiens sont très « affairés » (ils appellent ça la curiosité) et, si j’ai bien compris l’actualité rce les politiciens empêchent les employés d'exercer leur droit de grève.

P.P.S. : Certains termes vont te sembler nouveaux. (1) Party = fête (2) petit-déjeuner, déjeuner et diner sont appelés ici déjeuner, diner et souper.

"Aklui zozo" (aklui chaud)

En Afrique de l'ouest où je suis né et où j'ai passé ma tendre enfance, les sociétés sont traditionnellement patriarcales. Un enfant mâle aide son père, ses frères et ses oncles dans les travaux champêtres, l'élevage et la construction par exemple, mais est exclus de la cuisine où sa mère, ses soeurs et ses tantes préparent les repas. Je suis né et j'ai grandi dans un cadre influencé par ses pratiques dans le sens où, à la maison, je n'avais pas comme responsabilité d'apprendre à faire la cuisine. Évidemment chaque famille est différente et certains parents voient les choses d'un autre oeil.

Cependant, je me suis retrouvé bien démuni lorsqu'étudiant, je devais planifier et concocter mes propres repas. Peu à peu, j'ai oublié le goût de certains mets de mon pays, mettant ma partielle amnésie gustative sur le coup de l'intégration nécessaire d'un immigrant et de la maigre fréquence de mes voyages de retour. Ah! Le retour! D'autre part, ma peur de l'aventure culinaire m'a cantonné aux mets que mes proches me faisaient découvrir, loin de ceux de mon enfance.

Littéralement en "manque" de ces saveurs et de ces goûts, je commençais un peu à déprimer et j'ai décidé d'en parler à une cousine qui habite Ottawa depuis plus de dix ans. Elle m'a fait découvrir Vanier, un coin particulier de ma nouvelle ville d'adoption. À Vanier, on trouve des restaurants et des magasins offrant des ingrédients et des produits de "chez nous" tels que YKO Charcoal & BBQ Chicken (375 McArthur, 613-747-8947) et All Africa Market (6-411 McArthur, 613-244-0325). C'est ainsi que j'ai pu acheter et préparer du aklui et du tapioca, farines à base de maïs et de manioc servant à faire des bouillies délicieuses. J'ai également acheté du piment que ma cousine m'a appris à préparer et à conserver, du attiéké, mets à base de manioc que nous avons aussitôt dégusté avec un poulet roti au goût inimitable!

Quelle joie de savoir que je peux partager ces saveurs avec mes enfants, nés ici!

Le visage de l'ombre

Je viens de réaliser une interview avec Iman Eyitayo, jeune écrivaine d'origine béninoise vivant entre Paris et le Québec. Iman vient de publier son premier livre et on sent autour d'elle la frénésie des nouveaux départs et des belles réalisations. Iman, c'est aussi une Mopaya, une "étrangère", une bourlingueuse qui a roulé sa bosse sur les trois continents si chers à la Diaspora africaine, la terre mère Afrique, l'Europe et l'Amérique. Je vous livre ici ses propos et nos échanges, qui ont eu lieu entre Ottawa et Paris, dans le confort de nos salons respectifs.


3 mai 2012 – Conversation avec Iman Eyitayo

[15:32:13] Toun: Salut Iman, je viens d’apprendre que tu as publié un livre. Quel en es t le titre ?

[15:32:39] Iman: "Le visage de l'ombre", c'est le 1er tome de la série "Coeur de flammes"

[15:33:02] Toun: Combien de livres font la série? Pourquoi une série?

[15:34:27] Iman: Quatre tomes. Pourquoi une série? A vrai dire, je voulais explorer plusieurs facettes de mes personnages (certains viennent de mondes différents, donc avec des cultures différentes), les voir évoluer et aussi simplement parce que l'histoire me l'impose ! Il me serait impossible de tout raconter en un tome ou alors il ferait facilement 1800 pages !

[15:34:52] Toun: (sourires) Ton site explique un peu comment tu en es arrivée à écrire. Cependant, tu parles d'un évènement marquant qui aurait été le déclic. Peux-tu m'en dire plus?

[15:38:10] Iman: en fait, après avoir été diplômée, j'ai obtenu un CDI, c'est un peu le sacre en France, le fameux contrat à durée indéterminée. En général, obtenir son autorisation de travail est une formalité. Alors j'ai lancé ma demande, persuadée (aussi bien moi et mon entreprise) que je l'avais haut la main (je précise qu'aux yeux de tous j'ai un dossier en béton: diplômes et tout ça...). Mais après un mois à faire mes preuves, j'ai reçu une lettre de l'administration disant que mon autorisation de travail était refusée. Ca a été un choc. Vraiment. Je me suis retrouvée sans revenus, sans statut, du jour au lendemain. J'ai dû quitter mon entreprise le jour-même. Certes mon entreprise a entamé une démarche auprès du tribunal mais c'est long et en attendant, je n'ai pas le droit de travailler. Je ne savais plus quoi faire alors écrire était ma seule consolation. J'ai écris sans relâche pour essayer de ne pas y penser.

[15:48:02] Toun: "Rien ne surpasse en difficulté notre propre incapacité a accomplir quelque chose" cite Marie-Anne Keverian sur le site de Créateurs d'avenir, un concours d'entrepreneurs du Québec.  Plusieurs écrivains se sentent "refoulés". Les aléas de la vie, le travail, la course après le temps et surtout le manque de confiance en soi. Au delà, des millions de personnes abandonnent leurs rêves pour les mêmes raisons. Que recommanderais-tu à une "rêveuse refoulée ou un rêveur refoulé"?

[15:58:30] Iman: Je dirais qu'on ne vit qu'une fois et que la peur de l'échec est certes normale, mais inutile. Je veux dire, lorsque j'ai fait lire mon livre pour la première fois à ma soeur, je ne pensais pas du tout à me faire publier, j'étais certaine que c'était du "gâchis" mais je savais aussi que "je n'avais rien à perdre, rien à miser". J'étais déjà dans le fond (selon ma conception de la chose). Et là, le miracle. Ma soeur me rend le manuscrit, avec pour ordre "d’écrire la suite!" J'ai d'abord pensé, "c'est la famille", puis les critiques amicales ont suivi. Au final, je pense que lorsqu'on a l'impression d'avoir réalisé ses plus grandes peurs, on ne risque plus rien, on n'a plus peur. Et c'est dans ces moments là qu'on fait les plus grandes choses. Je dirais que l'échec est une possibilité certes, mais qui ne devrait freiner personne dans son élan. L'échec est même ce qui nous permet d'avancer.

[16:02:42] Toun: À travers les aventures d'Aluna ton personnage principal, évoquerais-tu également le cheminement de migrants et d'immigrants? Cette histoire est-elle en partie inspirée de tes propres pérégrinations?

[16:08:06] Iman: En fait, à l'origine le personnage d'Aluna a été créée de l'esprit d'une enfant (noire bien sûr) de 11ans qui avait peur du rejet, c'était un peu la matérialisation de ce que je voyais dans la vie: le non droit à l'existence, l'impossibilité de s'exprimer, l'obligation de taire son nom et de se cacher. Je dirais que c'est probablement plus en lien avec la place de l'enfant noir dans sa propre société qui quelque part fait aussi écho à celle de la société noire dans le monde: existence mais dans l'ombre. Le détail qui tient vraiment de mon expérience d'immigrée, c'est le Régisseur: ce tyran qui s'impose en maître sur Iriah et qui n'avait à l'origine pas cette forme et cette importance dans l'histoire. Cette injustice dans mon monde reflète assez bien (je pense) certaines aberrations du système dont je suis en quelque sorte la victime aujourd'hui.

[16:10:21] Toun: Plusieurs thèmes intéressants s'y recoupent donc. Comment peut-on se procurer "Le visage de l'ombre"?

[16:11:45] Iman: Il existe sous trois formats à ce jour: le format mobi sur amazon, le format epub sur www.lulu.com et le format papier toujours sur www.lulu.com. Un format epub devrait être disponible sur Apple d'ici quelques jours.

[16:16:46] Toun: Il est quelle heure à Paris?

[16:16:58] Iman: 22h15

[16:17:10] Toun: Je suis heureux que Skype nous ait permis d’avoir cette conversation. Merci, au nom des lecteurs d’Indigène du monde, pour ton ouverture et pour l’inspiration. Merci Iman, et bon succès à ton livre!!

[16:17:15] Iman: De rien :)

Panorama des leaders africains

En passant sur un des mes sites préférés, Je Wanda Magazine, je suis tombé sur une série intéressante: le panorama des leaders africains. Deux articles et les personnes qui y sont décrites ont attiré mon attention. Il s'agit d'Ory Okolloh, activiste et juriste kenyane que j'avais déjà vu sur TED (voir ci-bas) et de Herman Chinery-Hesse, homme d'affaires ghanéen pour qui les technologies de l'information constituent une opportunité à ne pas manquer pour le développement de l'Afrique. "La technologie constitue pour l’Afrique le seul moyen de devenir riche. Nous ne sommes pas dotés d’une infrastructure appropriée et nous ne pouvons pas rivaliser en ce qui concerne la production… Mais si vous m’asseyez devant un ordinateur personnel et que vous me demandez de créer un logiciel pour un client chinois, je peux affronter pied à pied quiconque qui s’essaie à la même chose aux États-Unis d’Amérique".