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Nelson Mandela

Page de Google sur Nelson Mandela - 12 Janvier 2014
Il y a des choses qui, quoi qu'on en dise, constituent un choc. Il en est du temps qui passe et des éléments qui marquent cette marche inexorable. J'ai vécu le départ de Nelson Mandela comme un de ces évènements qui, bien qu'inéluctables, nous surprennent quand-même, et nous rappellent que tout passe.

Voilà plus d'un mois que c'est arrivé. Pendant cette période de deuil personnel, j'ai beaucoup lu et parlé. J'ai, entre autres, échangé avec mon amie Natasha Mohammed, fervente défenseur des droits de la personne, professeur en résolution de conflits à l'Université de Winnipeg au Manitoba, et actrice de l'implantation de la politique canadienne du multiculturalisme, pour qui la pratique est aussi importante que la réfléxion.

Pacificatrice dans l'âme et artisane de la paix de formation, Natasha Mohammed, qui a fait un voyage en Afrique du Sud quelques mois avant le décès de Madiba, est particulièrement touchée par la vie et le message de ce dernier: "Sa vie était son véritable enseignement, m'a t-elle dit. Je ne veux pas le déifier et le voir plus qu'un être humain qui avait certains atouts et qui a choisi de les mettre au service des autres. Nous pouvons tous le faire, ce qui est difficile à accepter si nous pensons que seuls les êtres brillants et exceptionnels peuvent provoquer le genre de changement et de relations positives qu'il a contribué à créer. Je pense plutôt à la manière dont les actions de Madiba et d'autres peuvent me servir à être une meilleure artisane de la paix. Je crois qu'il s'agit d'une meilleure façon d'honorer sa vie que de prêter attention aux platitudes selon lesquels il serait merveilleux et plein d'inspiration. Je préfère qu'il ait un impact sur mes actions quotidiennes, et non mes mots et mes pensées."

Natasha faisait écho à mes commentaires au sujet de mes citations préférées de Mandela. Elles rappellent d'une part la responsabilité de chacun de défendre ses croyances et de se battre pour plus de justice, et d'autre part la capacité que nous avons, chacun et tous, de le faire. J'ai également lu des articles publiés sur un de mes blogs préférés, Africa is a Country, et je vous en propose quelques uns en partage ci-bas (en anglais), avant de conclure sur une de mes chansons préférées de Johnny Clegg, Asimbonanga.

De Mandela et de la décolonisation / De l'impact des commémorations / Du Legs de Mandela / Une playlist de jazz sud africain pour Mandela / Des posters qui ont ébranlé l'Apartheid / De la confusion quant à la perception de Mandela / et un de mes préférés, parce qu'il remet en question notre fascination pour le personnage, Pourquoi ne parlons nous pas des politiques de Nelson Mandela?



Choix

Photo: UQÀM
Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une amie de longue date. Je l'ai "attrapée au vol", je l'ai surprise en plein déménagement car elle quittait l'Europe pour l'Océanie. Notre correspondance est courte, hachée par les mille et une activités de nos vies quotidiennes entre adaptation, recherche d'emploi et vies de famille et de voyage. Comment se redécouvrir, en ligne, après près de 20 ans de séparation? Je l'aime beaucoup et le jeu, à mes yeux, en vaut la chandelle. Mon amie semble partager mon enthousiasme car elle prend le temps de nourrir cet échange électronique. Il y a quelques jours, elle m'a demandé: "La question qui me vient concerne ton choix de pays de résidence: pourquoi le Canada? Surtout pour toi qui vient d'un pays chaud."

Il y a longtemps que je médite sur cette question. J'ai souvent expliqué mon choix par un désir égoïste de vivre dans un milieu où tout est plus "facile" et "accessible" que là d'où je viens. Cette réponse néanmoins me laisse insatisfait car je suis capable de vivre sans le "facile" et l'"accessible". La réponse est donc incomplète et j'ai répondu ceci, beaucoup plus proche de la vérité que la théorie du "choix égoïste", à mon amie.

"Tout a commencé parce que ma famille y voyait une meilleure opportunité que la France, mon premier choix parce que je vous y aurais tous retrouvé. La France sentait trop le roussi avec les histoires de racisme et de discrimination.  

Métro de Montréal 2012

Une fois sur place et mes études terminées, j'ai décidé de rester. D'abord parce qu'on s'attache à la terre qui nous accueille: Montréal m'a ouvert grand les bras. Amoureux des langues, j'ai pu parler fon et français, espagnol et anglais et j'ai pu, dans le même souffle, apprendre à parler japonais et arabe; j'ai marché sur les docks un soir et fréquenté des boîtes de nuit huppées le soir suivant. J'ai croisé des stars du cinéma, découvert d'une part le jazz et les filles et d'autre part l'importance de la foi, de l'écriture, de la famille et de la photographie dans ma vie; les nouveaux amis que je me faisais, voyageurs de passage, étudiants ou professeurs venaient de partout dans le monde, je n'avais plus besoin de voyager pour les rencontrer. Je me suis attaché à Montréal pour ces raisons, et donc un peu au Canada.

D'autre part, quelqu'un m'a dit il y a plusieurs années que je semblais toujours chercher quelque chose. Cette affirmation me hante toujours parce que j'ai peur qu'elle soit vraie. Si c'est le cas, j'ai besoin de me déplacer et de continuer à chercher. Quand fatigué de Montréal je suis enfin parti en vacances (et en quelque sorte, en exploration) en Europe et en Afrique, et que j'ai pris de la distance -au sens littéral et philosophique du terme- par rapport au Canada, j'ai réalisé que cette terre que j'avais ainsi une chance de fuir en m'installant ailleurs, correspondait parfaitement à ce dont j'avais besoin car elle était vaste et, en un sens, vierge. Ce pays me permettait d'explorer, de migrer, de bouger, de découvrir, en un mot de continuer ma quête sans avoir à quitter les frontières nationales. Je ne pouvais décemment pas m'éloigner des dix provinces et des trois territoires qui forment le Canada parce que je me sentais mal dans une ville, c'était trop bête. Connais-tu la fable de La Fontaine, le laboureur et ses enfants? Il me fallait chercher mon trésor ici d'abord. J'ai migré à Winnipeg et j'ai découvert le Manitoba, la Saskatchewan puis les autres provinces. Les années de bonheur que j'y ai vécu ont conforté mon idée qu'il y avait tellement de différences d'une région à une autre que j'aurais à peine de toute une vie pour faire le tour de ma nouvelle patrie. Au fil du temps, je découvre, comme les enfants du laboureur, que le bonheur est plus dans la quête que dans l'objet de cette dernière...

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le froid quant à lui ne m'a jamais dérangé. D'ailleurs, il a fait plus froid dans les plates Prairies canadiennes où le vent souffle encore plus fort, que partout ailleurs. C'est un peu comme dans une relation amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse. Vu que personne n'est parfaite, on fait des compromis et parfois, on en arrive à aimer les défauts de l'autre car ils le rendent unique. J'ai vite compris que si je n'acceptais pas le froid -et donc ma terre d'accueil comme elle est, je n'avais qu'à retourner d'où je venais. J'ai compris que je n'avais pas à me plaindre et, surtout, après plusieurs années, j'ai compris que je pouvais faire mieux et même apprivoiser ce froid qui distingue si bien mon nouveau pays de tous les autres, en m'habillant bien et en faisant des activités d'hiver. Non, l'hiver ne m'a pas repoussé. Il m'a attiré au contraire car, comme tu l'indiques, je suis né dans un pays chaud. C'est ce que je ne suis pas, ce que je ne sais pas, ce que je connais mal, qui m'attire le plus. Nomade comme toi, petit pionnier des temps modernes, j'aime encore plus aller où personne autour de moi ne veut. 

Permets-moi, amie, d'utiliser cette lettre sur le blog que je tiens et par lequel je veux partager un peu de ce moi dont je viens de te livrer un pan. 

Bises, et à la prochaine question."

Déporté

Un cas de déportation attire l'attention dans les nouvelles cette semaine, celui de Beyan Dunoh Clarke reconnu coupable pour le meurtre d'un enfant de deux ans. Six ans après le triste évènement, la Cour a jugé Clarke comme étant dangereux pour le public canadien et ainsi ouvert la porte à la règle de la Convention de Genève pour les réfugiés qui permet sa déportation vers le Liberia dont il s'est enfuit en 1999.

Le cas est présenté dans les nouvelles, entre autres ici.

Winnipeg North End



Ce film que je partage avec vous donne un aperçu partial d'un quartier pauvre de Winnipeg: sale, pauvre, dangereux... La musique est triste aussi. Ironiquement, elle évoque toute la tristesse que j'ai ressentie en quittant Winnipeg. Je me porte garant du grand coeur de ceux qui vivent au North End et à Winnipeg. Je sais de quoi je parle, j'y ai vécu près de huit ans!

"Moi" de silence, mois de silence

J'ai pris un mois de silence pour vivre mes deuils divers: mes appareils électroniques (que j'utilisais pour bloguer) volés, mon déménagement du Manitoba mais surtout, surtout, le départ d'un être cher à mon coeur, ma belle-grand-mère. Je suis à Ottawa (ON) depuis six jours et je travaille, à ma transition entre les deux provinces à m'installer et à cerner mon nouvel emploi.

Revenons-en aux choses qui intéressent les indigènes du monde. J'ai choisi de ne pas commenter les révolutions qui secouent le monde arabe, les problèmes politiques en Côte d'Ivoire, la crise humanitaire du Congo, d'Haïti et du Japon. Mais combien de temps peut-on éviter de l'actualité? Combien de temps peut-on se voiler la face, se penser impuissant, détourner le regard? Je ne veux pas arrêter de prêter attention à la souffrance des humains.

J'ai pris un mois de silence pour vivre mes deuils divers. Je me remets à lire, rechercher, comprendre, écrire et commenter celles des autres. C'est ma façon à moi d'aider.

Au nom de la culture ou pour le bien des enfants?

L'impact de l'immigration est très profond sur ceux qui vont d'une rive à l'autre. Il est d'autant plus profond sur ceux qui se voient forcés de recevoir les immigrants, avec plus ou moins de préparation. Ils ne se sentent plus chez eux. D'autant plus quand les immigrants ont des demandes et voudraient être accommodés.

À Winnipeg, une douzaine de familles musulmanes récemment arrivées au pays voudraient, au nom de leur religion et de leur culture, influencer le curriculum académique. Elles demandent que leurs enfants en école primaire à la division scolaire Louis-Riel soient exemptés des cours de musique et de sport. Si les enfants étaient séparés par sexe durant les séances de gym, elles accepteraient que les enfants y participent.


Il y a une différence entre les exigences religieuses et culturelles. Le Manitoba accueille des musulmans depuis des décennies sans que de telles demandes soient constamment avancées. C'est donc qu'il s'agit d'exigences culturelles et qu'il faudrait le souligner, plutôt que de citer la religion et d'affecter la perception qu'ont le reste des canadiens des musulmans. Quoi qu'il en soit, il y en a de plus en plus et ce ne sont plus des cas isolés et des familles qu'il faut accommoder sur une base individuelle.

Plusieurs questions se posent donc. Que font les autres provinces pour faire face à de telles demandes? Vu qu'on crée des précédents, jusqu'où peut-on aller dans le changement du curriculum scolaire pour satisfaire un groupe de familles? Jusqu'où peut-on aller dans la séparation d'un groupe d'élèves? Si ces familles ne veulent/peuvent pas créer leurs écoles propres mais envoient leurs enfants à l'école du coin pour faciliter leur intégration, cette distinction académique n'aura t-il pas un impact (négatif?) sur cette intégration dans la mesure où les enfants se distinguent constamment des autres élèves?

Ils ne se sentent plus chez eux

source: leslaurierscosultance.over-blog.com
Ce week-end, j'ai rencontré des familles qui ont choisi d'immigrer au Manitoba. Certaines fuient leur passé tandis que d'autres rêvent d'un avenir radieux. Parfois, ces deux raisons s'entremêlent inextricablement dans leurs pensées. Il y a des jeunes aussi, qui arrivent seuls, de partout, pour étudier ici. Apprendre, grandir, s'outiller et repartir. Peut-être même, rester. Ils s'habillent mal et grelotent à moins 20 degrés Celsius mais lèvent la tête quand on leur parle et sourient souvent; ils sont heureux.

Ce week-end, j'ai croisé des jeunes d'un collège d'ici. Nés ici de parents d'ici, ils parlent fort et rient beaucoup. Ils discutent et se disent qu'ils ne se sentent plus chez eux dans ce collège où leurs oncles et leurs mères ont obtenu leurs diplômes universitaires. Trop d'étudiants étrangers.

Comme c'est un collège francophone dans une province anglophone, il y a trop d'étudiants d'Afrique de l'ouest en fait. Alors ils changent d'école, vont à l'université anglophone. Il y a là plus d'étudiants étrangers, mais d'autres continents. D'Afrique bien sûr, mais aussi de Chine, des Philippines, et d'autres pays d'Asie. Les étudiants européens, latino-américains et australiens sont moins "visibles" et toute cette population est plus diluée. Alors ils changent d'université au lieu de se changer.

L'impact de l'immigration est très profond sur ceux qui vont d'une rive à l'autre. Il est d'autant plus profond sur ceux qui se voient forcés de recevoir les immigrants, sans préparation. Ils ne se sentent plus chez eux.

Encore six semaines d'hiver au Manitoba !



Nouvelle du Marais Oak Hammock: Manitoba Merv, notre marmotte provinciale, est sorti de son terrier ce matin malgré le froid et la neige, a regardé tout autour de lui et malheureusement a aperçu son ombre. Il s'est donc empressé de retourner se réchauffer à l'intérieur.

Il y aura donc encore six semaines d'hiver au Manitoba! Malgré cette prédiction, Merv nous assure que le printemps arrivera avec la première Bernache du Canada qui est, selon Jacques Bourgeois du Marais Oak Hammock, la véritable indication de l'arrivée du printemps!

Les marmottes de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de Pensilvanie ont quant à elles annoncées des hivers plus courts... à deux semaines près des prédictions de Merv! Ce n'est donc pas si dramatique que ça pour nous manitobains!

Appeler le Marais: 204- 467-3300

Remettre en question ses perceptions

par Raïmi Osseni, collaboration spéciale avec @Stat, e-magazine de Statistique Canada

Note de l'auteur : Ce texte est basé sur un discours prononcé le 25 novembre 2010 devant une classe de Communications d'entreprise de l’école de commerce de l’Université du Manitoba, Asper Business School.

La naissance de mon premier enfant en décembre dernier a constitué l’un des plus heureux évènements de ma vie. Cet évènement bouleversant a également marqué l'apparition d’une série de questions que je ne m’étais, évidemment, jamais posées auparavant. Par exemple, en berçant ma fille un soir neigeux de février, je me suis demandé comment élever une enfant née d’une mère anglophone d’origine canadienne et d’un père francophone d’origine béninoise. À l’embouchure de deux langues et de deux cultures, elle allait sans doute grandir au sein de celles, hybrides, que ma conjointe et moi avions créées, et apprendre de ces pays si différents. Mais comment accepter ensuite qu’elle perde certains éléments de nos cultures respectives et qu’elle s’en crée une propre à elle? De mon père à ma fille par exemple, ma famille risque de perdre deux langues, le Yoruba que je n’ai appris qu’à baragouiner et le Fon que je ne sais comment lui transmettre. Par contre, je parle espagnol et je suis conscient que mes enfants seront certainement exposés à cette langue.

La naissance de mon premier enfant a constitué l'un des plus heureux événement de ma vie.
La naissance de mon premier enfant a constitué l'un des plus heureux événement de ma vie.

Parker Palmer, un activiste qui a écrit sur des sujets tels que l’éducation, le leadership, la spiritualité et le changement social a dit : « On enseigne ce que l’on est ». Cette maxime m’a rassuré et a confirmé que je n’ai qu’à chercher en moi ce que je veux partager avec mes enfants.

De profondes réflexions m’ont emmené à dresser une liste de mes atouts. J’ai notamment cerné quelques aptitudes qui m’ont beaucoup servi durant mon adolescence et ma vie de jeune adulte : un niveau élevé de conscience à propos de qui je suis et de ce qui m’entoure et un désir de mieux comprendre ce qui m’entoure pour mieux le partager avec d’autres. En trois mots : conscience, curiosité et partage. J’ai décidé de puiser à la source de ces aptitudes les leçons que je partagerai avec ma fille. Ce sont de ces leçons que j’aimerais vous parler ce soir, car que l’on soit parent ou étudiant, hommes d’État ou femmes d’affaires, un niveau de conscience élevé, une bonne dose de curiosité et un sens du partage s’avèreront des atouts certains dans les relations humaines.

J’ai récemment trouvé inspiration dans les paroles de la chanteuse canadienne Jann Arden : « Feet on ground / Heart in hand / Facing forward / Be yourself. » [trad. Pieds sur terre / Cœur sur la main / Droit devant / Soi toi-même]

Pieds sur terre

Pour maintenir un niveau élevé de conscience, il est justement important de garder les pieds sur terre. J’en veux pour preuve ma relation avec la pauvreté. Enfant et adolescent, j’ai grandi entre trois pays d’Afrique : le Bénin, le Cameroun et Madagascar. Si ma vie dans ces pays s’est progressivement améliorée, j’ai vu dans les rues d’Antananarivo un niveau de pauvreté que je ne pouvais concevoir jusqu’alors : enfants mendiant dans les rues ou travaillant pour gagner quelques sous et hommes et femmes sous-alimentés vivant dans des taudis. Cependant, je suis vite devenu insensible à cette pauvreté latente parce que justement elle était partout autour de moi. Insouciant, je vivais humblement mais confortablement, entouré de familles aisées. Ensuite, une fois au Canada où je suis venu poursuivre des études entièrement payées par mes parents et par des bourses, j’ai continué de naviguer sur l’océan de confort qu’offraient le cadre universitaire et une instruction sans souci financier. Je faisais du bénévolat avec des associations en développement économique communautaire, mais sans me sentir vraiment impliqué.

J'ai vu un niveau de pauvreté que je ne pourrais concevoir.
J'ai été témoin d'un niveau de pauvreté que je ne pouvais jusqu'alors concevoir.

Tout a basculé au bout de 10 ans. En stage en Équateur où je m’étais rendu pour faire du développement international, j’ai été de nouveau confronté à la pauvreté. Bien qu’ils aient de nouveaux visages, il s’agissait toujours d’enfants marchant pieds nus dans les rues et ne sachant plus jouer, ou de parents si pauvres qu’ils ne pouvaient offrir un souper à leurs familles sous prétexte que « la nuit, quand on dort, on ne dépense pas d’énergie. » J’ai d’abord été dégoûté par cette pauvreté que j’ai rejetée avec force; je n’étais plus conditionné à la voir sans réagir. Puis je me suis souvenu du Bénin, du Cameroun et surtout de Madagascar. J’ai compris ce que vivaient ces familles équatoriennes en partageant le peu qu’elles avaient. J’ai vécu, ri et joué avec elles. J’ai voulu leur donner encore plus que je n’étais censé le faire et je l’ai fait. Et surtout, je me suis souvenu d’où je venais et de ce qui a modelé la personne que je suis aujourd’hui.

Après cette aventure, j’ai ressenti le concept de pauvreté comme étant une part de moi. Je suis devenu un indigène du monde, en ce sens que c’est un concept universel. Et si je veux montrer l’importance d’un degré supérieur de conscience à ma fille, je dois me souvenir d’où je viens.

Cœur sur la main

Je me suis surpris à en vouloir aux étudiants internationaux.
Je me suis surpris à en vouloir aux étudiants internationaux!

Pour maintenir un niveau élevé de conscience, il est également crucial d’avoir le cœur sur la main. Le paradoxe de cet exemple illustre mes propos. Ancien étudiant international moi-même, je me suis surpris durant un cours du MBA de l’Université de Regina, à en vouloir aux étudiants internationaux qui, à mes yeux, ralentissaient la cadence. Principalement venus de Chine, ils ne s’exprimaient pas très bien en anglais et j’avais le sentiment qu’il fallait leur faire la faveur d’aller à leur rythme. Pour moi, ils étaient venus pour compléter rapidement une maîtrise et retourner dans leur pays, sans apporter de valeur ajoutée au Canada.

Comme ces pensées sont cruelles, surtout venant d’un immigrant! Et comme je me trompais! À un de ces étudiants internationaux qui s’excusait de son niveau d’anglais dans un travail de groupe, une de mes collègues a répondu : « Non, ne t’excuse pas : l’anglais est ma seule langue alors que te voilà en train de prendre des cours de deuxième cycle universitaire dans une langue autre que la tienne. » Qui plus est, j’ai appris plus tard que cet étudiant avait fait sa demande de résidence permanente au Canada! J’étais abasourdi. Qu'il retourne ou pas dans son pays d'origine, mes préjugés et mes suppositions m’avaient complètement aveuglé. La peur que génère le changement avait eu emprise sur moi. Je ne voyais plus les choses de la même façon que ces étudiants étrangers qui pourtant relevaient un défi auquel j’avais moi-même fait face une quinzaine d’années plus tôt. J’étais en train d’oublier les valeurs que j’avais acquises au contact de tant de gens différents entre Cotonou, Yaoundé et Antananarivo et mes autres destinations de voyage : l’empathie, l’ouverture à la différence, l’humilité, et le respect. Pourtant, si je veux montrer l’importance d’un degré supérieur de conscience à ma fille, je dois me souvenir de ce que j’ai appris.

Rester soi-même

Enfin, pour maintenir un niveau élevé de conscience, il est important de se tourner vers l’avenir tout en restant fidèle à soi-même. En Afrique francophone, j’ai rencontré de nombreux Français. Anciens colons des pays dans lesquels j'ai vécu, je posais sur eux un regard très critique, pas très ouvert, pour tout vous dire. À Montréal, j’ai fait l’amalgame des « blancs » et ai associé ce que je pensais alors des Français avec les Québécois, nuisant gravement à ma perception de ces derniers. J’ai vécu plusieurs années dans cette ville sans chercher à découvrir les Québécois. Je ne suis jamais sorti de ma zone de confort, passant tout mon temps à graviter en orbite de personnes qui me ressemblaient, notamment des étudiants étrangers, africains et… français! J’ai émis des jugements sur les habitants de la Belle Province sans même chercher à les connaître. À la fin du cycle universitaire, la plupart de mes amis africains et français sont retournés chez eux prendre la relève d’entreprises familiales et j’ai décidé de rester. En quête d’un emploi, je me suis retrouvé comme une planète sans satellite : je n’avais aucun contact local dans une ville où chaque année des dizaines de milliers d’étudiants obtiennent un diplôme de l’une des quatre universités et des nombreux collèges.

Il faut savoir reconnaître et apprendre de ses erreurs : j’ai fait une introspection et réalisé les miennes; en déménageant au Manitoba, j’ai décidé d’adopter une attitude plus ouverte et plus positive. Je suis d’abord allé vers ceux qui sont différents de moi, les anglophones et les manitobains. J’ai visité plusieurs villes et villages et je me suis fait des amis à Winnipeg, bien sûr, mais aussi de Stony Mountain à Minitonas en passant par Sainte-Geneviève. Ces amitiés m’ont permis de découvrir et d’apprécier le Manitoba, mais aussi ce que j’appelle le Canada profond. Je suis devenu un fervent ambassadeur de la culture « d’ici », un autochtone. J’ai réappris que ma façon de vivre, ma langue et ma culture ne sont pas uniques ni meilleures que celles des autres. J’ai redécouvert la musique country et les danses autochtones dans leur cadre d’origine. Je suis redevenu avide d’histoire et de géographie. Je suis redevenu la personne curieuse que j’étais avant de déménager au Canada et j’en suis très heureux : si je veux montrer l’importance d’un degré supérieur de conscience à ma fille, je dois me souvenir qui je suis.

J’aimerais vous inviter, en concluant, à sortir des sentiers battus et à émerger de votre zone de confort. Essayez d’évaluer, de prendre la mesure, de jauger l’impact que vous avez sur votre entourage. Il n’y a pas à attendre des évènements majeurs tels que la naissance d’un enfant, de grands voyages ou des accidents graves pour porter ce regard analytique sur soi et autour de soi et pour revoir et corriger nos perceptions. Car étudiants, parents, professionnels ou gens d’affaires, le fait d'être attentifs et conscients vous permettra d’éviter bien des erreurs; un niveau de conscience élevé et une bonne dose de curiosité et de générosité s’avèreront des atouts certains : j’en suis convaincu!

De l'intégration et de l'éducation au Manitoba

L'Amicale de la francophonie multiculturelle du Manitoba a organisé un séminaire samedi dernier à la salle académique du Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) autour du thème: "l'intégration des enfants des nouveaux-arrivants dans le système éducatif manitobain". Ce séminaire a emmené la trentaine de participants, membres de la communauté, nouveaux canadiens et canadiens "de souche" à discuter des questions d'éducation dans la mesure où elles sont liées aux difficultés d'intégration que rencontrent les immigrants au Manitoba. Enseignants, parents, professionnels des secteurs public, privé et à but non lucratif et immigrants ayant entre une semaine et 26 ans d'ancienneté au Manitoba ont participé aux débats.

L'évènement s'est déroulé en deux phases. Durant la première phase animée par Bintou Sakho, gestionnaire de l'Accueil francophone, les participants ont suivi une présentation sur les difficultés d'intégration telles qu'elles sont vécues par les clients de cet organisme. Ils ont ensuite discuté en plénière et en groupe autour de quelques questions telles que:

- la prise de conscience concernant la question de l'intégration des enfants des nouveaux-arrivants dans les écoles manitobaines;
- les démarches qu'ils ont entreprises pour faire face à la nouvelle réalité;
- les attentes et les recommandations pour faciliter l'intégration des enfants des nouveaux-arrivants dans le système scolaire.

De nombreuses recommandations dont la plupart étaient très pertinentes, ont été présentées. Les mesures prises par les nouveaux canadiens pour assurer une intégration en douceur pour leurs enfants sont également remarquables. On peut noter par exemple la création d'une école d'été par des parents et des enseignants d'origine congolaise.

Ce séminaire a donc été un franc succès pour l'Amicale. Il vient s'ajouter à la longue liste d'évènements organisés en collaboration avec l'Accueil francophone et souligne la complémentarité des deux organismes: tandis que l'Amicale joue un rôle de promotion et de défenseur des droits de la communauté immigrante francophone et cherche à assurer la représentativité des nouveaux arrivants au sein de la communauté pour assurer leur épanouissement politique, économique et socioculturel, l'Accueil a pour mission de fournir des services d'accueil et d'intégration à cette communauté.

L'Accueil francophone est une initiative mise sur pied dans le but de faciliter l’établissement des nouveaux arrivants francophones au Manitoba. Entre sa création en 2003 et aujourd'hui son effectif est passé de une à douze personnes, ce qui reflète la croissance des besoins en matière d'intégration. l'Accueil francophone est sous la tutelle de la Société franco-manitobaine dont le président, Ibrahima Diallo, d'origine sénégalaise, est arrivé au Manitoba en 1985 et lit encore Jeune Afrique!

Toun'n Toba: surpris


Durant les sept dernières années que j'ai passées à Winnipeg, j'ai progressivement appris à apprécier l'hiver. Je suis passé de la sloche des rues de Montréal (Québec) dans laquelle, étudiant, je barbotais avec dégoût aux pentes de ski d'Assessippi, à Riding Mountain (Manitoba) où j'ai passé plus de temps sur mes fesses que sur ma planche de snowboard. J'ai passé d'agréables après-midi à jouer au "spongee" (hockey sans patins) et à patiner sur la rivière Rouge de la Fourche à Saint-Boniface avec mes amis et mes collègues de bureau. J'ai passé de longues heures à m'éreinter en déneigeant l'entrée de mon domicile afin que le facteur ne glisse pas en approchant de ma porte. J'ai longuement commenté la température et la saison avec mes voisins fatigués.

Toutes ces activités m'ont emmenées à aimer l'hiver. Cette saison qui dure pratiquement la moitié de l'année de novembre à avril -les mois de printemps sont assez froids dans les prairies- peut avoir un effet devastateur sur le moral. Les journées sont de plus en plus courtes et le manque de lumière du soleil a un impact négatif sur l'humeur. Une belle activité à faire, la préférée de tous les canadiens qui peuvent se le permettre, est de "casser" l'hiver et de faire un voyage dans "le sud." Il's'agit de faire un tour dans l'hémisphère sud, et les manitobains n'échappent pas à cette règle. Les destinations préférées sont le Mexique et Cuba, quoique la Floride, Las Vegas et d'autres états américains ont également beaucoup de succès. Le voyage dure rarement plus d'une semaine car les manitobains, comme la plupart des autres canadiens, préfèrent passer Noël en famille. Ils partent donc le 25 ou le 26 décembre. Enfin, je trouve que l'hiver est la marque de commerce des provinces des prairies. Le froid, la neige, le verglas, sont tous particuliers de ce coin de pays. Je dirai même que si les canadiens vont au Mexique en hiver pour un peu châleur, c'est en hiver que les mexicains devraient visiter le Canada!

Cette année cependant, l'hiver m'a surpris. La neige est tombée jeudi dernier, trop vite, trop tôt. Je n'ai pas vu venir ces petits flocons blancs qui annoncent la nativité et les fêtes de fin d'année. Comme un bleu, un nouvel arrivant, je me suis laissé surprendre. C'est grincheux que j'enfile mes bottes et que j'enfourche mon manteau pour aller déneiger l'allée. Il a neigé toute la nuit et Brrr! Il fait froid, les chaussées sont glissantes et je n'ai pas encore installé mes pneus d'hiver!

Toun'n Toba: Winnipeg en chiffres en 2001

Manitoba Legislature, meeting place of the Leg...Image via WikipediaUne étude préparée par le Commissariat aux langues officielles sur la base des données du Recensement de 2001 de Statistique Canada présente la communauté francophone de Winnipeg. Elle est intitulée: "Les indicateurs de vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire 1 : les francophones en milieu urbain" et fait le tour de trois communautés francophones et de trois communautés anglophones en milieu minoritaire.

Belle introduction au Manitoba francophone, cette étude présente des faits sur la population, sa capacité organisationnelle, et les pratiques exemplaires en terme de gouvernance communautaire, de santé, d'immigration et d'accès aux services gouvernementaux. On y apprends entre autre que "La communauté francophone de Winnipeg est à la fois ancrée dans l’histoire (et peut être vue à ce titre comme une communauté souche) et au centre de la dynamique manitobaine", que "la population ayant le français comme première langue officielle parlée à Winnipeg en 2001 est de 24 855 personnes, en baisse de 1 340 personnes depuis 1996" et que "18,2 p. 100 des individus sont nés à l’extérieur de la province et 5,5 p. 100 proviennent d’un autre pays."

Il serait intéressant de comparer ces chiffres à ceux du recensement de 2011 afin d'évaluer les résultats des politiques agressives d'immigration conduites ces dernières années à travers le pays.
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Prodiges... et curiosités



Kim Yu-Na and coach Brian Orser at the 2007-20...Cette semaine, deux nouvelles ont attiré mon attention: la présence à Winnipeg des 150+ meilleures joueuses de golf et la fin de la relation entre Yeon-a (Yu-Na) Kim et son entraineur de trois ans Brian Orser. Ces jeunes athlètes outre leur pays d'origine commun, m'ont autant surpris par leur talent que par leur jeune âge. Je me rappelle encore de la performance époustouflante de Yu-Na aux Jeux Olympiques d'hiver à Vancouver cette année. Représentant sa Corée natale (elle s'entraîne à Toronto avec une équipe de coaches canadiens), Yu-Na a offert une performance époustouflante au programme court et au programme long, établissant de nouveaux records mondiaux et creusant un important écart entre elle et les autres participantes à la compétition.



Née le 5 septembre 1990, Yu-Na avait seulement 19 ans.

Michelle Wie (Seong-mi Wie) est née un an plus tôt, le 11 octobre 1989 à Honolulu (Hawaï). Elle a choisit de garder sa citoyenneté américaine au détriment de la citoyenneté sud-coréenne. La semaine dernière, elle nous a gratifié d'un "ace" sur le 11ème trou (175 mètres, par -3) au St. Charles Country Club de Winnipeg. Il s'agissait du huitème de sa carrière et du premier dont elle se souvienne en tournoi. De 2000 à 2008, Michelle Wie a été la plus jeune joueuse de golf à se qualifier pour le U.S. Amateur Championship; elle avait dix ans. Elle a commencé à jouer au golf à 4 ans et est devenue professionnelle à 16 ans, signant des contrats de publicité de plus de 10 millions de dollars par an avec Nike et Sony.

D'où ces jeunes filles tiennent-elles la mâturité, la force mentale et physique pour résister à de telles pressions? Il ne pas s'agir uniquement de l'entraînement: à Winnipeg, les enfants font des essais pour rentrer dans les équipes de soccer, de hockey ou de basketball de leurs écoles. La compétition commence très tôt et les entraînements sont intenses. J'en ai rencontré une qui à sept ans, fait partie de l'équipe de gymnastique. À son âge, elle s'entraîne 15h par semaine et s'est cassé quatre fois le même orteil. Mais Winnipeg n'a pas encore produit de prodige de la gymnastique. Bien sûr, on a Jonathan Toews, jeune prodige de 22 ans, et le hockey est notre sport national. Mais il semble y avoir quelque chose de plus que l'entraînement qui les mène à être, si jeunes, les meilleures athlètes de leurs sports. Peut-être un système conçu pour promouvoir l'avancée du 95ème centile? Ou seraient-elles simplement des prodiges? Si tel est le cas, à quoi les reconnait-on si jeunes?

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Ramadan Karim

Happy RamadanImage by Ranoush. via FlickrVoilà maintenant dix jours que le Ramadan a commencé. Cette pratique religieuse est de moins en moins facile à observer au Canada depuis quelques années. Maintenant que le calendrier islamique fait coincider Ramadan de l'an 1431 avec la fin de l'été 2010, les journées sont longues et il fait chaud.

Je pense aussi à celles et ceux qui, en Afrique, au Moyen-Orient et partout dans le monde, observent ce jeûne et s'abstiennent de manger et de boire du matin au soir, prient et étudient le Saint Coran à longueur de journée, et qui humblement, contrôlent leurs émotions, leurs paroles et leurs actions.

Bénédictions.


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Carnets de voyage: la Fransaskoisie

J'ai eu le plaisir de rencontrer Denis Desgagné, directeur général de l'Assemblée communautaire fransaskoise lors d'une réunion du RICLOS, le Réseau interministériel des coordonateurs de langue officielle de la Saskatchewan. Ma réponse à sa question "Penses-tu déménager en Saskatchewan?", une grimace, lui a fait tourner la tête de déception; c'est sans doute une réaction qu'il voit souvent, mais pour d’autres raisons. J'ai offert à Denis de prendre le temps de lui répondre ici. Voici.

Denis, actuellement, je suis installé et je vis au Manitoba où je suis heureux. J'ai d’abord fait la grimace parce que j'aurais volontiers considéré la Saskatchewan comme province d'accueil si j'en cherchais une. C'était plus par hésitation que parce que je vis de mauvaises expériences à Régina ou en Saskatchewan.

Bien sûr, il y a d'abord eu ces douloureuses premières semaines pendant lesquelles le choc de la petite taille de la ville de Regina a suivi celui de la difficulté de se faire des amis. L'atterrissage dans une nouvelle ville n'est pas toujours facile quand on n'y connait personne. J'ai d’abord trouvé les gens froids et distants ici. Mes tentatives infructueuses d’établir le contact m’ont fait réalisé qu'il me fallait simplement changer d'approche et me tourner vers des gens avec qui j'ai des points en commun: étudiants en sciences sociales, amateurs de poésie et de musique, écrivaillons en tout genre et surtout… francophones. Il n'y en a que 1,59% dont la première langue parlée est le français (2006) dans la province, mais j’ai réussi à les trouver! J’ai rencontré les jeunes employés de l’Institut français.

Mon expérience a alors changé du tout au tout et j'ai commencé à me sentir confortable. J'ai eu le plaisir d'assister à des soirées, de danser et de "socialiser" plus que je l'aurai imaginé. Enfin, cette rencontre avec des professionnels de cinq ministères différents a scellé mes impressions de Régina. C’est une petite ville, certes. Sur le plan économique, la structure des taxes d’entreprise est telle qu’elle empêche les grandes entreprises de s’installer ici et qu’elle fait l’apogée des PME. Ces derniers sont appelés les « moteurs » de l’économie. C’est une vie sociale de proximité, je peux d’où je vis « Walk to Work », marcher pour aller au travail, au supermarché, au restaurant et à l’université. Je peux même, avec du courage et de l’organisation, aller à pied chercher quelqu’un à l’aéroport (et revenir en taxi, bien sûr!) J’aime également les petits cafés, les magasins « du coin », où petit à petit les saluts timides se sont mués en longues conversations. J’aime bien les restaurateurs dont je fréquente les établissements, mes collègues francophones et mes amis employés de l’Institut français. J’ai découvert avec bonheur que le mot d’ordre des gens d’ici est l’inclusion et que les francophones, si peu nombreux qu’ils soient, sont passés d’un désir de revendication à un désir de valorisation. Comme l’a dit Gérard Bouchard (Commission Bouchard-Taylor de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles) lors de son passage à Régina, c’est le Québec qui a à apprendre des fransaskois et pas l’inverse. (J’ajouterai que le Manitoba, dont la commission scolaire francophone rejette encore les enfants de familles exogames, en a tout autant à apprendre.)

C’est simplement que je suis un nomade et que cet automne a été une autre escapade montée de toutes pièces : j’ai trouvé deux ou trois bonnes raisons académiques et professionnelles de venir vous rencontrer, fransaskois et reginois, de venir apprendre ce que vous « mangez en hiver », ce qui vous fait vibrer. J’ai voulu découvrir les avenues Dewdney et Victoria, l’Université de Régina et l’hôtel de ville, le centre-ville et les bureaux de mon employeur, Statistique Canada. J’ai voulu voir ce qu’il y a en commun et ce qu’il y a de différent entre nos deux villes, nos deux provinces, histoire de pouvoir offrir des arguments solides à ceux qui ne comprennent pourquoi vous aimez tant votre coin de pays. Je suis devenu un défenseur et un promoteur de la vie en Saskatchewan, province en majorité anglophone et rurale et c’est le peu que j’ai compris que j’emporte avec moi, ami Denis. Si je ne peux rester, c’est simplement que je suis un nomade…

Carnets de voyage: Solitude au Far-West

Je me suis inscrit depuis peu à un groupe sur Facebook: "La vie à l'étranger qu'on ne trouve pas sur Facebook", une idée brillante de l'auteur qui rappelle que "sur Facebook, toutes nos photos et nos échanges sont en grande partie hyper positives (...) mais il n'y a pas la photo de quand j'ai mangé pendant une semaine des spaghettis assaisonnés à l'huile d'olive avec du sel et du poivre parce que j'étais dans la dèche !"


L'objectif est simple: "que dans ce groupe nous fassions part de nos expériences moins glorieuses pour parer à certaines désillusions. Ça peut être triste, ça peut être drôle, l'essentiel est que cela soit surtout simple et vrai !"

Les nomades vivent constamment ces moments moins glorieux. "Immigré" en Saskatchewan pour quelques mois et installé dans un quartier tranquille, je traverse actuellement un de ces moments moins drôles de "la vie à l'étranger" : la solitude! À l'heure de la pause-café chez Tim Hortons aujourd'hui, j'en ai parlé avec une collègue. Appelons-la Ludivine.

sk99g26 Regina, Saskatchewan, Downtown 1999Image by CanadaGood via Flickr

« Alors, tu aimes bien ton séjour » me demande t’elle. Elle est vraiment drôle, Ludivine. Depuis le premier café que nous avons pris ensemble à mon arrivée il y a trois semaines elle a évité mon regard chaque fois que je passais devant son bureau pour « l’inviter » des yeux ou poliment décliné mon invitation quand je me suis posé discrètement devant sa porte. Les quelques autres collègues se sont montrés peu enclins à s’ouvrir, saluant à peine d’un geste de la main le matin ou d’un grognement en fin de journée. Pourtant j'avais confié à Ludivine que je n’avais pas de connaissances à Regina et que j’aurais aimé rencontrer des « gens d’ici. »

« - Oh, à part le fait que personne ne veut me parler, je vais bien.
- comment ça?
- pas de contact visuel avec des inconnus, après le travail chacun rentre chez soi et vaque à ses occupations, le restaurateur chez qui je vais tous les jours trouve bizarre que je veuille connaître son nom, mes voisins sont soit invisibles, soit introvertis…
- Oui, ici on n’établit pas beaucoup de contacts avec des gens qu’on ne connaît pas.
- Mais alors, comment apprendre à les connaître? » Ludivine me sourit. « Seules deux personnes m’ont vraiment adressé la parole en deux semaines: un africain, parce qu’il a reconnu le logo de son entreprise sur un sac promotionnel que j’utilise et un avocat anglophone qui a vécu à Montréal, parce qu’il a reconnu mon accent et qu’il veut pratiquer son français! »

C’est déjà un début, deux personnes en trois semaines. Il faut reconnaître que tout le monde n’est pas extraverti. De plus, ce n’est pas juste dans l’ouest ou dans les plus petites villes qu’on ne parle pas aux inconnus, c’est partout. Mais je dois admettre que plus je m’enfonce dans les Prairies et plus le phénomène se généralise. Il en est sans doute de même dans les provinces atlantiques, maritimes, pacifique, au Nord ou au fond de l’Ontario et du Québec. Au Québec au moins, j’aurais eu la langue en commun avec mes interlocuteurs, et la langue est un vecteur majeur d’intégration, un outil contre la solitude.

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Carnets de voyage: Highway No. 1


Mi –septembre 2009. Je roule à vive allure sur l’autoroute Numéro Un, qui relie les extrémités est et ouest du Canada. Pour la troisième fois cette année, je franchis par la route les six cents kilomètres et quelques qui séparent le périmètre de Winnipeg de celui de Regina et qui me rappellent à quel point j’aime ces prairies! Je ne cesse de tourner le regard du nord au sud, de gauche à droite : les champs sont immenses et il n’y a rien de tel que ces étendues vertes ou jaunes parsemées de bottes de foin qui n’attendent qu’à être engrangées pour l’hiver. C’est le temps des récoltes et bien que j’aie pris la route un dimanche, je peux enfin voir quelques fermiers s’activer sur leurs tracteurs. Au printemps, je les manqué de peu : il était encore trop tôt pour les semences quand je suis passé. Au milieu de l’été, les plantes en croissance nécessitaient moins de soin; il n’y avait donc personne à regarder travailler. Maintenant, j’ai vraiment l’impression de traverser le grenier du pays.

Ici, un troupeau de vaches broute tranquillement. Là, plusieurs kilomètres plus loin, je distingue près d’une grange les bras immenses du système d’irrigation utilisé: c’est un champ de patates que ces longues tiges mécanisées ont rafraîchi tout l'été et bientôt elles iront rejoindre tracteurs, fourches et bennes dans des granges emménagées à cet effet. Enfin, plus loin, les tournesols des champs voisins semblent être trop lourds pour lever la tête vers le soleil : il est temps de les récolter.

Les Prairies, c’est le bonheur de pouvoir admirer un coucher de soleil jusqu'au bout de l'horizon et ces champs sont devenus le nouvel océan au bord duquel j’aime à le faire. Elles me ramènent a mes lectures d’enfant peuplées de western, de cow-boys et d’indiens. Tantôt j'accélère parce que je veux arriver avant la nuit mais je ralentis bien vite en faisant un clin d’œil à l’astre solaire qui semble me sourire : c’est bientôt la fin de l’été, les moissons sont à moitié terminées, d’ici quelques semaines nous replongerons dans un cycle de trois saisons plus ou moins grises et nos Prairies s’endormiront; les champs se reposeront et la terre se régénéra pour nous donner un nouvel été vert, jaune et ocre de plantations de canola, de tournesols, de blé et d’émotions.

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Toun' n Toba: à la découverte de Portage la Prairie

Dans le cadre de ma série sur les provinces canadiennes, je vous invite à découvrir, au Manitoba, la ville de Portage la Prairie. C'est un de ces petits coins de pays tranquilles où il fait bon vivre. Certainement une excellente destination pour immigrer au Canada anglophone. Faites un tour sur la page de photos pour en avoir une meilleure idée.

Depuis quelques années, en effet, les villes et les communautés rurales font plus de promotion des opportunités qu'elles offrent dans les domaines des affaires, communautaire ou touristique. L'ouest canadien offre de plus en plus d'attraits, pour les anglophones bien sur, mais aussi pour les francophones. En effet, avec la plus grande communauté francophone hors Québec de l'ouest canadien, le
quartier Saint-Boniface par exemple se vante a raison des services et des facilites offertes dans la langue de Molière.



City of Portage la Prairie


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Toun'n Toba: intégration par l'emploi

Voici le premier post de la Série "Toun Manitoba".

FRANÇAIS
Map of Manitoba Showing Vegetative Belts (1934)Image by Manitoba Historical Maps via Flickr
Une des choses intéressantes au Manitoba, c'est la quantité de postes "d'entrée" disponibles. Certainement pas les mieux rémunérés, mais une belle façon de s'intégrer et d'offrir ses services à la communauté d'accueil. Ces emplois aussi permettent de se créer un réseau et de s'établir. Il y a une "sélection" proposée par l'Accueil francophone qui accueille et oriente les nouveaux arrivants et également un guichet-emploi du gouvernement fédéral.


ENGLISH
A great way to work towards integration is to get a rewarding employment at an entry level position. Here is a link to a Federal Job Bank. Also look for settlement agencies in Winnipeg, such as International Centre and Welcome place.
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