Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles

De l'emploi et de la société

Préparé le 26 juillet 2012

Photo: r. osseni
Se retrouver sans emploi et à la recherche du prochain défi est une étape marquante dans la vie de n'importe qui. Cette situation devient d'autant plus marquante que certains éléments viennent l'accentuer: vivre en Occident / en Amérique du nord où le rythme de vie est soutenu et où "on est ce qu'on fait", être entouré de professionnels actifs et d'entrepreneurs à succès etc.

L'une des premières questions justement qu'on pause en rencontrant l'autre est la question de l'emploi. Par là se dessine le statut social, largement lié au revenu: un chauffeur d'autobus est perçu différemment d'un avocat, une gynécologue, d'une infirmière et un agent des douanes se distingue d'un sous-ministre adjoint de la fonction publique fédérale.

Ceci dit, c'en aussi en Amérique du nord que j'ai remarqué que les professions les moins appréciées des intellectuels, les professions manuelles, pouvaient être très bien rémunérées. J'ai vu des éboueurs rouler en Harley Davidson dernier cri et habiter de beaux condominiums, des électriciens se pavaner fièrement sur des plages d'Amérique latine où ils étaient en vacances avec leurs familles. J'ai appris qu'au fond, tout le monde s'il s'y met, peut très bien gagner sa vie. Et ce sont -entre autres- ces possibilités, ce "rêve américain" qui attire autant de nouveaux arrivants vers le Canada, même s'il ne faut pas négliger le besoin de sécurité ou la recherche d'un environnement où il est possible d'être politiquement actif sans craindre pour soi.

Être sans emploi en Occident devient vite une tare sociale et même si l'entourage ne nous met pas la pression, la société est telle qu'on se la met vite soi-même et qu'il faut ensuite avoir des nerfs d'acier pour résister. Une expérience... édifiante, en somme!


Is Canadian multiculturalism a real success story

Source: http://esl-multicultural-stuff-page4.blogspot.ca/
I came across this infographic created by Olson about multiculturalism in Canada. The article talks about the fact that "the trend toward a growing religious, ethnic, racial, and linguistic diversity means that there are sizable visible minorities in Canada" and for the author, "immigrants and minorities are a source of experience and knowledge. Cultural interaction increases tolerance."
It is not always the case, however, and research shows, for example, that there is still a lot of discrimination against immigrant on the job market, in Quebec, with close to half of immigrant women (46%) earning 90% of their native counterpart and 60% of the salary of native quebecer men. 

Poème en images


On voyage parfois en soi. Souvent même, je dirais.
Pérégrinations sans but, estivages sans bagage
Et les contrées qu'on arbore ont des couleurs et des parfums 
Que personne ne saura jamais. Jardins secrets...

Parfois, pourtant, on devine le tréfonds de l'âme d'un voisin. 
Humain à qui on tend la main
Ces couleurs pâles ou vives qu'on écrase du pinceau de nos pensées,
Traits nets ou flous de dessins incertains,
Sur la toile de nos silences,
Prennent alors l'air d'une vieille chanson
Qui nous a marqué
Et qu'on murmure aux oreilles de l'ami, de l'aimée.

Beatles in Technocolor - Beki Lantos

Over the Rainbow - Beki Lantos
Merci à Beki Lantos, artiste de la Région de la Capitale nationale, d'avoir partagé son oeuvre avec moi.  


Vie (vide) de Diaspora


Il y a exactement trois ans, j'ai entamé ce billet. Je viens de le terminer pour votre plus grand plaisir.


"Winnipeg, Octobre 2012

Il y a quelques années, j’ai invité une amie qui habite dans une de ces belles capitales d'Afrique de l'Ouest, à me rejoindre dans la vallée de la Rivière Rouge, où moi j’habitais. 


La rivière Rouge est une rivière d'Amérique du Nord qui marque la frontière des États du Minnesota et du Dakota du Nord. Elle a de particulier qu'elle se jette dans le lac Winnipeg situé dans la province du Manitoba, au Canada. Il ne faut pas la confondre avec la rivière Rouge du Québec.  

Mon amie m’a expliqué qu’elle voudrait bien venir me voir mais que cela coûtait encore plus cher d’acheter un billet de son pays vers le Canada que l’inverse. Voici ce que j’ai répondu :

Source: www.postcolonialstudiesassociation.co.uk
« C'est un mythe basé sur l'idée que cela prends plus de francs CFA (FCFA, la monnaie utilisée en Afrique de l'ouest) pour faire un dollar, et que comme on vit en dollars, c'est plus facile. Seulement, tu ne connais peut-être pas le coût de la vie ici. Nous gagnons plus (en FCFA) mais dépensons également plus: un hamburger au McDonald coûte 4$ soit 2.000FCFA sur une base de 1$/500FCFA. Combien coûte un burger là où tu vis? N'est-ce pas le même ordre de prix?

Pour un salaire annuel net de 20.000$ (10.000.000FCFA) si tu dois payer ton appart à 600$ mensuel ou 7200$ annuel (3.600.000FCFA) l'eau, l'électricité et le chauffage 75$ mensuel ou 900$ annuel (450.000FCFA) et le transport en commun 100$ mensuel ou 1200$ annuel (600.000FCFA), le panier de nourriture (500$ mensuel ou 6000$ annuel ou 72.000FCFA) il te reste exactement 4700$ (2.350.000FCFA) pour l’année soit 391$ (195.500FCFA) par mois pour payer le téléphone cellulaire, la télé, quelques sorties, tes études supérieures (entre 600$ (300.000FCFA) et 2000$ (1.000.000FCFA) par cours pour un programme de 10 cours). Déjà là, tu t'endettes…

Alors, comment aller te voir, à 2.000$ (1.000.000FCFA) le billet plus les dépenses sur le terrain, sans compter que tu continues de payer ton loyer et autres frais ici. Ces calculs sont basés sur le coût de la vie dans une ville canadienne où la vie coûte moins cher. Essaie Toronto ou Vancouver...

Ce n'est pas facile ici non plus, cousine... »

Mes calculs étaient rapides, et peut-être grossiers. J’ai essayé de brosser un portrait de la vie d’une partie de la Diaspora, celle qui souffre de ne pas pouvoir rester aussi connectée qu’elle le voudrait au Continent. J’ai essayé de démontrer qu’ici comme ailleurs, la vie est un champ de bataille quotidien et que peu importe où on est, l’argent reste le nerf de la guerre qu’on y mène pour survivre. J’espère y être arrivé."


J'ai quelques amis économistes et c'est vers eux que je me tournerai pour "résoudre" cette équation. Quant à vous, qu’en pensez-vous ?

Fêter 45 anniversaires à la pizzeria du coin: une autre forme de migration

Hier nous avons célébré l’anniversaire d’un collègue. La soixante d’employés que nous sommes dans mon immeuble s’est retrouvée autour de pizzas, de fruits et de boissons gazeuses. Nous lui avons fait une surprise qu’il a beaucoup appréciée : la pizza avait été commandée et livrée par un restaurant qu’il fréquente depuis 45 ans! Au cours du déjeuner, il a parlé de son appréciation de ce restaurant, et du fait qu’il est né et a grandi dans ce quartier, le même dans lequel se situent nos bureaux.

La pizzeria du coin Source: www.linternaute.com
J’ai été frappé par cette révélation et par la relation de mon collègue à un lieu géographique. Il y a plusieurs semaines, je découvrais qu’une de mes amies, professeur d’université, était l’une des rares personnes que je connaisse qui enseignent à l’université dans la ville où ils sont nés et où ils ont grandi.

J’avais oublié qu’il existe encore des personnes attachées à un endroit précis, une ville, un quartier, un bloc, des rues, des personnes qui auraient pu choisir d’aller ailleurs et qui ne l’ont pas fait, des personnes qui, vraisemblablement le resteront toute leur vie.

Nous autres, migrants perpétuels ou immigrants d’une fois, nous autres « étrangers », « Mopaya », n’avons pas le même rapport au lieu. Pour des raisons diverses qui bien trop souvent nous dépassent, nous avons quitté ces endroits chers à nos cœurs pour nous attacher à de nouveaux paysages. Et quand, par chance, par choix ou par obligation, nous retournons vers les contrées de nos vies passées, ces coins que nous avons quittés enfants, adolescents ou jeunes adultes, nous sommes souvent déconnectés.

Les endroits changent et se métamorphosent. Ils ont changé quand nous y retournons,  et nous de notre côté, avons évolué. Le décalage dans l’espace, la distance de la migration, apparait également comme un décalage dans le temps. Ces places, ces lieux, ces espaces n’existent plus que dans nos mémoires. Nous n’aurons plus jamais l’occasion de les visiter, comme la pizzeria de mon collègue : cette tradition est disparue.

Il nous restent les goûts et les odeurs, bien que les parfums et les saveurs changent eux aussi...

Nostalgie! Panique! Que faire alors face à ce vide? Pour plusieurs, je sais qu’il s’agit de revenir souvent pour « rester ancré. » Revenir vers la terre natale, cultiver les liens avec les familles tout en s'enracinant dans cette nouvelle vie. Pour d’autres, au contraire, il faut simplement créer de nouvelles traditions, apprendre à aimer les lieux qu’on fréquente et les parfums qu’on respire. Il faut vivre au présent, en somme, et laisser le passé derrière, par choix ou par nécessité, même si on le chérit et qu’on en entretient la mémoire. Le temps n’est-il pas ainsi fait, de toute façon, que tout change constamment autour de nous?

Ceci dit, pour moi, tout cela est trop éphémère et je suis de ceux -j'en connais peu- qui se créent une troisième voie: toujours recommencer.

Ironies de l'intégration

Source: http://www.reginaiwc.ca
« Ce qui est dommage dans cette histoire, dit Jean-René Milot, professeur au Département de sciences des religions de l’UQAM, spécialiste de l’islam et des accommodements religieux, c’est que l’un des signes les plus marquants d’intégration, c’est de vouloir être enterré ici. »

L’ironie de cette phrase qui vient conclure l’article de Jean-Benoît Nadeau paru dans l’actualité a attiré mon attention. Milot commentait la bataille que se livrent Stéphane Gendron le maire de Huntingdon – localité de 2 500 habitants située en Montérégie- et des élus municipaux qui refusent de vendre un lot à une association musulmane afin qu’elle puisse y établir un cimetière musulman. Il n’y en a qu’un seul au Québec, le Cimetière islamique de Laval, dont les places seront bientôt toutes remplies.

« Comment une société peut-elle se priver d'autant de talent, de compétence et de capital humain? » se demande Michel Laliberté quant à lui, dans Le Colonialisme du capital humain dans La Voix de l’Est. Il y raconte l’histoire –que nous connaissons tant- d’une immigrante formée dans son pays d’origine et qui, malgré ses 23 ans d’expérience de travail, dont sept au Québec, se voit accorder l'équivalent d'un certificat universitaire par le ministère de l’Éducation qui l'invite à retourner faire un baccalauréat et une année de stage non rémunéré. Comble de l'ironie, elle serait dans les mêmes cours que ceux-là même à qui elle a enseigné! « Refuser de reconnaître les études des immigrants qui viennent chez nous pour travailler, c'est regarder nos nouveaux concitoyens de haut. C'est une forme de colonialisme » conclut le journaliste. 

À tous nos lecteurs, nous souhaitons une année 2014 pleine de paix, de succès et de prospérité. 

MBA gratuit pour immigrants professionnels


Contribution spéciale de Fatymah

Fatymah est arrivée en Outaouais au Québec en janvier 2012 avec son mari et ses deux garçons. Dans cette nouvelle lettre adressée à une amie qui vit dans son pays d'origine, Fatymah qui en est à sa deuxième contribution à IDM, parle des défis liés à son intégration professionnelle.


Chère amie, 

Aujourd’hui, c’est le premier dimanche marquant la fin de ma première année à titre d'étudiante-épouse-mère-professionnelle-jeune femme. Ai-je oublié une de mes casquettes? Est ce dans le bon ordre?!

Ce fut une année belle, joyeuse et triste à la fois, excitante et stressante, riche en émotions, en pleurs et en leçons de vie. Elle a commencé dans la joie avec mon admission au programme de Maitrise en administration des affaires (MBA) qui sera un défi quotidien jusqu'en juillet 2014 Inch'Allah. D plus, quelques semaines plus tard, j'avais l'honneur d'être le témoin de mariage de mon ami et frère M., lors d’un bref séjour en Afrique. Ce voyage a été marqué par des actions de grâce et l’allégresse des retrouvailles avec la famille et les amis.

Ensuite, pendant sept mois, de septembre 2012 à mars 2013, j'ai couru en vain après un équilibre famille-travail-MBA. J'ai usé de toutes mes tactiques de planification, d'organisation et de stratégie "militaire": menu d'un mois, plats préparés à l'avance, délégation d'autorité maternelle, agenda avec des plages pour les imprévus, chronomètre pour mes travaux à la maison sans avoir le succès escompté parce que j'ai négligé l'impact considérable de la donne la plus importante de ce système : l'Homme.

Je n’ai pas tenu compte de l’importance de mes limites physiques et intellectuelles, des besoins affectifs de ma meilleure moitié et de mes garçons qui ne comprenaient pas toujours mon absence les soirs et les weekend ou qui étaient surpris de me voir à la maison (« Maman, tu ne vas pas à l'école? » « Maman, as-tu des jouets dans ton école? »), des membres de mon équipe MBA dont chacun veut faire valoir son opinion peu importe la perte de temps et d'énergie (ce n’est pas toujours commode le travail d'équipe entre professionnels expérimentés), de certains professeurs qui ne savent pas que les étudiants travaillent durant leur formation, ni de ma vie sociale canadienne et ivoirienne à entretenir...

J'ai célébré mes premières fêtes de fin d'année en tant que maitresse de maison tranquille dans mon salon, sans aucune festivité, les cadeaux de Noël ayant même failli ne pas être emballés par les livreurs du père Noël. J'ai lutté contre la neige et le froid de l'hiver canadien, et parfois regretté le confort de notre ancien appartement où je n’avais pas à me préoccuper du déneigement.
Source: http://thesocietypages.org/sociologylens/2008/12/

Et puis, j'ai pleuré, beaucoup pleuré certains moments. J'étais à bout de forces. Mes nerfs me lâchaient. J'étais frustrée de ne pas avoir d'aide en claquant des doigts comme au pays. J'ai pleuré lorsque je vivais une "injustice" de mon pays d'accueil. J'ai pleuré avec ma sœur A. (que Le Seigneur te fortifie et demeure toujours dans ta maisonnée) qui a perdu son mari. Quelle douleur! Cet épisode m'a ramené 10 ans en arrière vers celui du décès de mon cher et tendre Papa. J'ai pleuré d'inquiétude à cause de bobos ici et là.

Finalement, j'ai abandonné ma quête d'équilibre famille-travail-MBA pour parer aux urgences. Fini l'étudiante modèle qui prépare tous ses cours, la mère modèle qui n'emmène jamais ses enfants au Mc Donald, l'employée consciencieuse qui ne manque jamais à l'appel...

Merci Seigneur d'avoir toujours été tout près de moi, jamais l'idée d'abandonner n'a traversé mon esprit. Merci à mes trois gars pour leur patience, leur compréhension, leur tolérance à mon stress et leurs câlins. Merci aux amis d'ici particulièrement la famille O. pour leurs soupers et leur maison transformée parfois en garderie. Merci à ma famille et mes amis du pays pour leurs mots d'encouragement et les « affairages » qui venaient briser ma routine de stress.

Enfin, l'été tant attendu est là avec ses vagues de chaleur (40°C). Rien de prévu à l’horizon, à part quelques travaux de MBA peu urgents. Je peux enfin prendre simplement le temps de respirer, de vivre calmement et d'offrir un beau sourire à la vie (don de Dieu).

A tantôt,

Fatymah

De la violence et des femmes

Journée internationale de la femme 2013 + 10 jours.

Cette année, j'ai marqué un peu plus le 8 mars que par le passé. J'ai assisté à la soirée FEMICON organisée par plusieurs organisations de la Région de la capitale nationale citées ci-bas dans les bureaux d'Archives Canada. Parmi elles, Oxfam Canada dont le directeur général Robert Fox n'a pas manqué l'occasion qui lui a été offerte de monter sur l'extrade et de s'exprimer. Les divertissements de la soirée comprenaient, outre la diffusion d'un court métrage très amusant, la distribution des prix Femmy en hommage aux femmes de la région qui ont fait une contribution remarquable pour l'égalité des femmes. L'année féministe a été également passée en revue et le kiosque à photo dont j'étais en charge a rassemblé des souvenirs de la soirée.

D'après Condition féminine Canada, la Journée internationale de la femme, c'est "l'occasion, pour la population canadienne, de participer à une célébration mondiale des femmes, de la paix et des droits de la personne." Le thème de cette année invite à engager les hommes dans l'élimination de la violence faite aux femmes. Car au-delà des célébrations, il y a la réalité. Pour moi cette année, le thème de la journée internationale de la femme a justement pris tout son sens et je suis outré par la violence faite aux femmes partout dans le monde.

D'abord, j'ai eu une conversation enrichissante avec une amie sur l'impact du congé de maternité sur la carrière des femmes. Revenir après six à douze mois -eh oui, on est choyés au Canada- n'est pas facile. C'est presque comme de commencer un nouvel emploi, surtout lorsque l'équipe et l'orientation stratégique ont changé. Pour mon amie, cependant, il faut voir le verre à moitié plein et considérer ces changements comme une opportunité de découvrir un nouvel emploi, un défi positif et engageant qui permet de justifier de se séparer de ses enfants. Je trouve cependant qu'il y a ici une injustice systémique à réparer.

Ensuite, il y a eu l'annonce du suicide de Ram Singh, un des présumés assaillants de la jeune étudiante indienne de 23 ans qui a été violemment agressée, violée par plusieurs personnes et jetée d'un autobus le 16 décembre dernier. Il est intéressant de constater que les questions que soulèvent l'agression et le soulèvement populaire qui l'a suivi sont profondes, qu'il s'agit non pas seulement d'endiguer la violence faite aux femmes et d'assurer que la justice soit respectée, mais aussi de questions liées aux transformations sociales de rôles traditionnels, à la migration et l'exode rural, à l'éducation, à l'alcoolisme et au chômage. Les solutions ne sont pas simples mais holistiques.

Enfin, toujours grâce à mon amie, j'ai eu le plaisir de regarder une allocution de Sheryl Sandberg sur TED, directrice opérationnelle de Facebook, qui examine pourquoi les femmes n'atteignent pas les sommets qu'elles pourraient dans leur vie professionnelle. Sandberg offre quelques conseils très intéressants aux femmes sur le marché du travail, et quelque part, une perspective différente aussi pour les hommes. 





Jeunesse, conscience et action

Contribution spéciale de Sarah Jourson

Sarah, dont les origines plongent en Afrique de l'ouest, en Europe et dans les Caraïbes est étudiante dans la région de la capitale nationale du Canada où elle est installée depuis quelques années. Récemment, elle a rejoint les rangs du Groupe communautaire d'Oxfam Canada nouvellement formé à Ottawa (Ontario). Par l'organisation d'évènements de sensibilisation, de levée de fonds et d'éducation ou par le réseautage, ce groupe s'est donné comme but de faire avancer la vision d'Oxfam Canada d'un monde juste et sans pauvreté. Frappé par la candeur de sa réaction au sortir de la première rencontre, je lui ai proposé de partager ses impressions.  

"Avant le 20 Février, je n’avais encore jamais pris conscience de ce que c’est que de penser aux autres. Tout était, je dirais, principalement centré sur moi, ma propre personne et rien d’autre, c’est ainsi qu’allait ma vie. Il a fallu que j’assiste à une réunion du groupe communautaire d’Oxfam Canada à laquelle m’avait invité un ami pour commencer à voir les choses différemment.    
  
Nous nous sommes présenté chacun à son tour autour. La présentation d’une des participantes  m’a vraiment ouvert les yeux et a contribué à changer ma façon de voir les choses. Elle parlait de la chance que nous avons d’être en Amérique du Nord où tout est à notre portée. Elle se sentait reconnaissante d’être ici mais elle insistait sur l’autre côté de cette vision : au-delà de cette prise de conscience nous avons aussi la responsabilité d’aider les plus démunis car leurs vies ne valent pas moins que la nôtre.

 Ici, au Canada, les femmes ont plus de chance de  s’accomplir, se créer un avenir mais également d’être « maitresses de leurs destins ». J’ai  la chance d’y vivre et d’être libre de mes choix.  Pour d’autres femmes à travers le monde, elles n’auront pas cette même chance malheureusement de faire leurs propres choix ce qui m’a fait penser au film « Fleur du désert » que j’ai vu il y a quelques semaines. Fleur du désert est l’histoire d’une jeune femme, Waris Dirie, excisée car dans sa culture l’excision est un signe de respect permettant d’être vierge jusqu’au mariage pour son futur mari. Peu de temps après cet acte, à l’âge de 12 ans, la jeune femme fuit son village pour échapper à un mariage forcé laissant derrière elle sa mère, son frère et ses sœurs. En quittant son pays la Somalie, son origine… pour partir à Londres, elle était relativement plus libre mais elle avait perdu ses repères. Rien ni personne ne pourrait lui redonner ce qu’on lui avait enlevé dans le passé mais c’était ainsi,  hélas elle ne pouvait rien n’y changer.

Pour revenir au 20 Février 2013, c’est bien de penser à nous mais penser aussi aux autres c’est mieux. On ne peut pas changer le monde, mais on peut y apporter une contribution. Désormais, j’aimerais arrêter de ne voir que le bout de mon nez et arrêter d’être égoïste. Cette expérience, cette rencontre avec Oxfam Canada est comme un réveil sur le monde extérieur pour moi."

Choix

Photo: UQÀM
Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une amie de longue date. Je l'ai "attrapée au vol", je l'ai surprise en plein déménagement car elle quittait l'Europe pour l'Océanie. Notre correspondance est courte, hachée par les mille et une activités de nos vies quotidiennes entre adaptation, recherche d'emploi et vies de famille et de voyage. Comment se redécouvrir, en ligne, après près de 20 ans de séparation? Je l'aime beaucoup et le jeu, à mes yeux, en vaut la chandelle. Mon amie semble partager mon enthousiasme car elle prend le temps de nourrir cet échange électronique. Il y a quelques jours, elle m'a demandé: "La question qui me vient concerne ton choix de pays de résidence: pourquoi le Canada? Surtout pour toi qui vient d'un pays chaud."

Il y a longtemps que je médite sur cette question. J'ai souvent expliqué mon choix par un désir égoïste de vivre dans un milieu où tout est plus "facile" et "accessible" que là d'où je viens. Cette réponse néanmoins me laisse insatisfait car je suis capable de vivre sans le "facile" et l'"accessible". La réponse est donc incomplète et j'ai répondu ceci, beaucoup plus proche de la vérité que la théorie du "choix égoïste", à mon amie.

"Tout a commencé parce que ma famille y voyait une meilleure opportunité que la France, mon premier choix parce que je vous y aurais tous retrouvé. La France sentait trop le roussi avec les histoires de racisme et de discrimination.  

Métro de Montréal 2012

Une fois sur place et mes études terminées, j'ai décidé de rester. D'abord parce qu'on s'attache à la terre qui nous accueille: Montréal m'a ouvert grand les bras. Amoureux des langues, j'ai pu parler fon et français, espagnol et anglais et j'ai pu, dans le même souffle, apprendre à parler japonais et arabe; j'ai marché sur les docks un soir et fréquenté des boîtes de nuit huppées le soir suivant. J'ai croisé des stars du cinéma, découvert d'une part le jazz et les filles et d'autre part l'importance de la foi, de l'écriture, de la famille et de la photographie dans ma vie; les nouveaux amis que je me faisais, voyageurs de passage, étudiants ou professeurs venaient de partout dans le monde, je n'avais plus besoin de voyager pour les rencontrer. Je me suis attaché à Montréal pour ces raisons, et donc un peu au Canada.

D'autre part, quelqu'un m'a dit il y a plusieurs années que je semblais toujours chercher quelque chose. Cette affirmation me hante toujours parce que j'ai peur qu'elle soit vraie. Si c'est le cas, j'ai besoin de me déplacer et de continuer à chercher. Quand fatigué de Montréal je suis enfin parti en vacances (et en quelque sorte, en exploration) en Europe et en Afrique, et que j'ai pris de la distance -au sens littéral et philosophique du terme- par rapport au Canada, j'ai réalisé que cette terre que j'avais ainsi une chance de fuir en m'installant ailleurs, correspondait parfaitement à ce dont j'avais besoin car elle était vaste et, en un sens, vierge. Ce pays me permettait d'explorer, de migrer, de bouger, de découvrir, en un mot de continuer ma quête sans avoir à quitter les frontières nationales. Je ne pouvais décemment pas m'éloigner des dix provinces et des trois territoires qui forment le Canada parce que je me sentais mal dans une ville, c'était trop bête. Connais-tu la fable de La Fontaine, le laboureur et ses enfants? Il me fallait chercher mon trésor ici d'abord. J'ai migré à Winnipeg et j'ai découvert le Manitoba, la Saskatchewan puis les autres provinces. Les années de bonheur que j'y ai vécu ont conforté mon idée qu'il y avait tellement de différences d'une région à une autre que j'aurais à peine de toute une vie pour faire le tour de ma nouvelle patrie. Au fil du temps, je découvre, comme les enfants du laboureur, que le bonheur est plus dans la quête que dans l'objet de cette dernière...

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le froid quant à lui ne m'a jamais dérangé. D'ailleurs, il a fait plus froid dans les plates Prairies canadiennes où le vent souffle encore plus fort, que partout ailleurs. C'est un peu comme dans une relation amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse. Vu que personne n'est parfaite, on fait des compromis et parfois, on en arrive à aimer les défauts de l'autre car ils le rendent unique. J'ai vite compris que si je n'acceptais pas le froid -et donc ma terre d'accueil comme elle est, je n'avais qu'à retourner d'où je venais. J'ai compris que je n'avais pas à me plaindre et, surtout, après plusieurs années, j'ai compris que je pouvais faire mieux et même apprivoiser ce froid qui distingue si bien mon nouveau pays de tous les autres, en m'habillant bien et en faisant des activités d'hiver. Non, l'hiver ne m'a pas repoussé. Il m'a attiré au contraire car, comme tu l'indiques, je suis né dans un pays chaud. C'est ce que je ne suis pas, ce que je ne sais pas, ce que je connais mal, qui m'attire le plus. Nomade comme toi, petit pionnier des temps modernes, j'aime encore plus aller où personne autour de moi ne veut. 

Permets-moi, amie, d'utiliser cette lettre sur le blog que je tiens et par lequel je veux partager un peu de ce moi dont je viens de te livrer un pan. 

Bises, et à la prochaine question."

Moi, canadien de souche et champion de l'immigration pour... le futur de MES enfants



Comment devient-on un champion de l'immigration? Quelles motivations peuvent-elles justifier de se lancer dans la bataille pour cette "cause" et de vouloir, noblement, aider réfugiés, immigrants économiques, sociaux et autres migrants, à s'installer chez soi?

Au Canada, l'enjeu de la taille et de la croissance de la population est d'abord économique. L'indice synthétique de fécondité est passé de près de 4 enfants par femme au début des années 1960 à 1,49 enfants par femme en 2000 et 1,7 en 2009. Le mode de vie urbain trépidant, la place de la femme sur le marché du travail et les crises économiques ne facilitent pas l'accroissement naturel. Il faut donc, pour accroître la population active, compter sur l'immigration. Pourquoi? Parce que la population active soutient par ses taxes et ses impôts le gouvernement, les jeunes et les personnes âgées. C'est donc, du point de vue du gouvernement canadien une question de survie nationale.

D'autre part, une infime partie -décroissante avec les nouvelles politiques d'immigration- des immigrants sont acceptés pour des raisons "humanitaires" et viennent désormais surtout ... des pays d'Afrique et d'Asie.

Art DeFehr, homme d'affaires manitobain est décrit par le Globe and Mail comme un champion de l'immigration. Cependant c'est la motivation profonde de DeFehr qui me laisse pantois, ce n'est pas son expérience des camps de réfugiés ni son désir d'aider ces derniers mais le désir de garder ses enfants auprès de lui au Manitoba qui lui a fait contribuer à créer une province qui vibre et qui attire. En somme, encore une fois, l'immigrant n'est qu'un payeur de taxes qui contribue au bien-être économique du pays.

 C'est clair qu'il y a des avantages pour celui-ci. Un pays tranquille, des lois qui sont respectés, la relative sécurité, la possibilité d'élever sa famille en paix, d'envoyer de l'argent au pays et de travailler. Mais à quel genre d'emplois les immigrants peuvent-ils vraiment aspirer? Quelles sont leurs chances d'occuper des fonctions de choix au sein des entreprises et des administrations? Quel pourcentage d'entre eux réussit vraiment à se tailler une place de choix dans l'univers professionnel de leur pays d'accueil et à quel prix? Les histoires à succès d'immigrante devenue Gouverneure Générale du Canada et de "parcours réussis" sont une infime minorité comparé à celles de titulaires de doctorats et de médecins devenus chauffeurs de taxi. Il y a d'ailleurs surreprésentation des immigrants au sein de cette profession comme le démontre une étude de Citoyenneté et immigration Canada: "La conduite d’un taxi s’est avérée être l’emploi principal de 255 personnes titulaires d’un doctorat
ou d’un diplôme en médecine (ou un domaine connexe), dont 200 immigrants. Des 6 040 autres
chauffeurs de taxi qui détiennent un baccalauréat ou une maîtrise (12 %), la majorité sont
immigrants (80,7 %). En outre, parmi tous les chauffeurs de taxi immigrants, 20,2 % ont au
moins un baccalauréat; ce taux est quatre fois moins élevé chez les chauffeurs de taxi nés au
Canada (4,8 %)."