Immigrants, (in)conscience et réalités

Il m’arrive souvent d’avoir des discussions sur l'immigration canadienne et l'impact négatif de la fuite des cerveaux qui mine l'Afrique. Je reviens souvent dans mes conversations sur la question -trop discutée à mon goût- du manque de reconnaissance des acquis des nouveaux arrivants et sur celle des sempiternels médecins devenus chauffeurs de taxi et des comptables qui font maintenant de l’entrée de données. Et bien souvent, je dois me rendre compte que nous parlons de constat, face à ce problème, et pas de solution. Comment changer les choses? Que faire pour comprendre la source du problème, plutôt que de s'en plaindre? Nous n'avons pas le temps d'explorer cet aspect plus "constructif" des choses...

Et quand nous parlons aux immigrants potentiels, ceux qui cherchent à venir, de l'impact négatif de l'immigration (comme dans cet article que je viens de recevoir et qui parle de la santé des nouveaux arrivants au Canada) ils ont du mal à croire que la réalité locale est si difficile.

N'est-ce pas simplement humain que de préférer constater par soi-même plutôt que de croire ce que disent des journalistes et des blogueurs qui donnent l'impression de vouloir nous décourager? Qu'en dites-vous?

Nelson Mandela désormais immortel

N. Mandela, 2008. Source: Wikipedia

"Mandela se meurt" titrent les journaux en ce milieu d'été 2013. "Laissez-le en paix" s'écrie mon coeur. À plus de 94 ans, dont 27 en prison et un nombre beaucoup plus impressionnant sacrifié à l'autel de la liberté et de la justice celui que la nation sud-africaine appelle affectueusement "Père" mérite un peu de tranquilité. D'autant plus qu'au-delà du "passage" de l'être humain, Nelson Mandela est désormais un symbole immortel de résistance pacifique, de persévérance et de courage.

On se doit aussi, comme le rappelle cet article de Pierre Haski de se souvenir qu'à l'instar des sages qui nous inspirent, le monde n'a pas été tendre avec lui et que les puissants qui aujourd'hui défilent à son chevet ne l'ont pas toujours soutenu.

Extrait: "Le consensus d’aujourd’hui autour de Nelson Mandela ne doit pas faire oublier les errements criminels d’hier qui ont contribué à le laisser plus d’un quart de siècle en prison, et à prolonger la durée de vie du système inique de l’apartheid.

Il est plus facile de faire croire qu’on a toujours été du côté du « bien » contre le « mal » que de s’interroger sur les raisonnements fallacieux qui ont poussé la « patrie des droits de l’homme » et les autres défenseurs de la démocratie à rester aussi longtemps complices d’un système basé sur un déni d’humanité.

La disparition d’un géant de l’histoire devrait pourtant être le moment de regarder objectivement le passé."

De la violence et des femmes

Journée internationale de la femme 2013 + 10 jours.

Cette année, j'ai marqué un peu plus le 8 mars que par le passé. J'ai assisté à la soirée FEMICON organisée par plusieurs organisations de la Région de la capitale nationale citées ci-bas dans les bureaux d'Archives Canada. Parmi elles, Oxfam Canada dont le directeur général Robert Fox n'a pas manqué l'occasion qui lui a été offerte de monter sur l'extrade et de s'exprimer. Les divertissements de la soirée comprenaient, outre la diffusion d'un court métrage très amusant, la distribution des prix Femmy en hommage aux femmes de la région qui ont fait une contribution remarquable pour l'égalité des femmes. L'année féministe a été également passée en revue et le kiosque à photo dont j'étais en charge a rassemblé des souvenirs de la soirée.

D'après Condition féminine Canada, la Journée internationale de la femme, c'est "l'occasion, pour la population canadienne, de participer à une célébration mondiale des femmes, de la paix et des droits de la personne." Le thème de cette année invite à engager les hommes dans l'élimination de la violence faite aux femmes. Car au-delà des célébrations, il y a la réalité. Pour moi cette année, le thème de la journée internationale de la femme a justement pris tout son sens et je suis outré par la violence faite aux femmes partout dans le monde.

D'abord, j'ai eu une conversation enrichissante avec une amie sur l'impact du congé de maternité sur la carrière des femmes. Revenir après six à douze mois -eh oui, on est choyés au Canada- n'est pas facile. C'est presque comme de commencer un nouvel emploi, surtout lorsque l'équipe et l'orientation stratégique ont changé. Pour mon amie, cependant, il faut voir le verre à moitié plein et considérer ces changements comme une opportunité de découvrir un nouvel emploi, un défi positif et engageant qui permet de justifier de se séparer de ses enfants. Je trouve cependant qu'il y a ici une injustice systémique à réparer.

Ensuite, il y a eu l'annonce du suicide de Ram Singh, un des présumés assaillants de la jeune étudiante indienne de 23 ans qui a été violemment agressée, violée par plusieurs personnes et jetée d'un autobus le 16 décembre dernier. Il est intéressant de constater que les questions que soulèvent l'agression et le soulèvement populaire qui l'a suivi sont profondes, qu'il s'agit non pas seulement d'endiguer la violence faite aux femmes et d'assurer que la justice soit respectée, mais aussi de questions liées aux transformations sociales de rôles traditionnels, à la migration et l'exode rural, à l'éducation, à l'alcoolisme et au chômage. Les solutions ne sont pas simples mais holistiques.

Enfin, toujours grâce à mon amie, j'ai eu le plaisir de regarder une allocution de Sheryl Sandberg sur TED, directrice opérationnelle de Facebook, qui examine pourquoi les femmes n'atteignent pas les sommets qu'elles pourraient dans leur vie professionnelle. Sandberg offre quelques conseils très intéressants aux femmes sur le marché du travail, et quelque part, une perspective différente aussi pour les hommes. 





Travailler (enfin) aux Nations-Unies

Conseil de sécurité de l'ONU Source: ivoire.telediaspora.net
Depuis plusieurs mois, je rencontre des professionnels en développement international. Ils sont spécialisés en gestion de projet, en conception de programmes, en mise en oeuvre, ou dans des secteurs tels que l'eau et l'assainissement, le genre, la gouvernance, les droits de l'enfant, et j'en passe. Ils écrivent des demandes de subvention, font de la levée de fonds, de la communication ou développent des activités de plaidoyer.

Plusieurs de ces personnes proviennent de diasporas africaines, européennes ou latino-américaine. Et plusieurs rêvent de travailler aux Nations-Unies. Parfois, au fil de nos échanges, j'apprends que l'agence  importe peu. Pour la plupart, il s'agit d'un poste dans les quartiers généraux à New York ou Genève, pas tant de ceux de Vienne ou de Naïrobi. Travailler pour l'ONU est vu comme avoir la possibilité de contribuer au bien être de l'humanité et donc, d'une certaine façon, au bien être dans le pays qu'on a quitté.

Pourtant, plusieurs des anciens employés de l'organisation que je rencontre me parlent de l'environnement peu dynamique et hyper-politisé des agences où ils ont travaillé, comme en témoigne cet article du Jerusalem Post (en anglais.)

À l'heure où le renouvellement de la force de travail est devenu l'une des priorités centrales de la fonction publique canadienne, l'ONU semble avoir également reconnu l'importance de la question. De quelle façon cette organisation pan-nationale peut-elle se renouveler pour continuer de faire rêver et d'attirer les plus compétents?

Jeunesse, conscience et action

Contribution spéciale de Sarah Jourson

Sarah, dont les origines plongent en Afrique de l'ouest, en Europe et dans les Caraïbes est étudiante dans la région de la capitale nationale du Canada où elle est installée depuis quelques années. Récemment, elle a rejoint les rangs du Groupe communautaire d'Oxfam Canada nouvellement formé à Ottawa (Ontario). Par l'organisation d'évènements de sensibilisation, de levée de fonds et d'éducation ou par le réseautage, ce groupe s'est donné comme but de faire avancer la vision d'Oxfam Canada d'un monde juste et sans pauvreté. Frappé par la candeur de sa réaction au sortir de la première rencontre, je lui ai proposé de partager ses impressions.  

"Avant le 20 Février, je n’avais encore jamais pris conscience de ce que c’est que de penser aux autres. Tout était, je dirais, principalement centré sur moi, ma propre personne et rien d’autre, c’est ainsi qu’allait ma vie. Il a fallu que j’assiste à une réunion du groupe communautaire d’Oxfam Canada à laquelle m’avait invité un ami pour commencer à voir les choses différemment.    
  
Nous nous sommes présenté chacun à son tour autour. La présentation d’une des participantes  m’a vraiment ouvert les yeux et a contribué à changer ma façon de voir les choses. Elle parlait de la chance que nous avons d’être en Amérique du Nord où tout est à notre portée. Elle se sentait reconnaissante d’être ici mais elle insistait sur l’autre côté de cette vision : au-delà de cette prise de conscience nous avons aussi la responsabilité d’aider les plus démunis car leurs vies ne valent pas moins que la nôtre.

 Ici, au Canada, les femmes ont plus de chance de  s’accomplir, se créer un avenir mais également d’être « maitresses de leurs destins ». J’ai  la chance d’y vivre et d’être libre de mes choix.  Pour d’autres femmes à travers le monde, elles n’auront pas cette même chance malheureusement de faire leurs propres choix ce qui m’a fait penser au film « Fleur du désert » que j’ai vu il y a quelques semaines. Fleur du désert est l’histoire d’une jeune femme, Waris Dirie, excisée car dans sa culture l’excision est un signe de respect permettant d’être vierge jusqu’au mariage pour son futur mari. Peu de temps après cet acte, à l’âge de 12 ans, la jeune femme fuit son village pour échapper à un mariage forcé laissant derrière elle sa mère, son frère et ses sœurs. En quittant son pays la Somalie, son origine… pour partir à Londres, elle était relativement plus libre mais elle avait perdu ses repères. Rien ni personne ne pourrait lui redonner ce qu’on lui avait enlevé dans le passé mais c’était ainsi,  hélas elle ne pouvait rien n’y changer.

Pour revenir au 20 Février 2013, c’est bien de penser à nous mais penser aussi aux autres c’est mieux. On ne peut pas changer le monde, mais on peut y apporter une contribution. Désormais, j’aimerais arrêter de ne voir que le bout de mon nez et arrêter d’être égoïste. Cette expérience, cette rencontre avec Oxfam Canada est comme un réveil sur le monde extérieur pour moi."