L’école élémentaire Sandy Hook, c'est un peu loin



D'après Corneille, chanteur canadien d'origine rwandaise qui a perdu une grande partie de sa famille lors du génocide de 1994, on a tendance à avoir une attitude passive quand la tragédie est loin.

"On regarde, 
On verse une larme sincère, on repart,
On compatit, on le pense sans y croire
On regrette, on répète nos histoires
Jusqu'à ce qu'il soit trop tard, on regarde."

Voici la liste officielle des victimes de la tuerie à l’école élémentaire Sandy Hook de Newtown au Connecticut le 14 décembre 2012, publiée par la police d’État du Connecticut et rendue publique en conférence de presse samedi. 

Pour eux, la fin du monde a bien eu lieu en décembre 2012. 

Je publie cette liste ici, pour qu'on se souvienne d'eux et qu'on pense aussi à "ceux à qui on ne pense jamais", les enfants de par le monde qui sont les victimes involontaires de conflits, de désastres et de folies. Je la publie pour que ce ne soit jamais "trop loin".

ENFANTS
Charlotte Bacon (fille), 6 ans
Daniel Barden (garçon), 7 ans
Olivia Engel (fille), 6 ans
Josephine Gay (fille), 7 ans
Ana M Marquez-Greene (fille), 6 ans
Dylan Hockley (garçon), 6 ans
Madeleine F Hsu (fille), 6 ans
Catherine V. Hubbard(fille), 6 ans
Chase Kowalski (garçon), 7 ans
Jesse Lewis (garçon), 6 ans
James Mattioli (garçon), 6 ans
Grace McDonnell (fille), 7 ans
Emilie Parker (fille), 6 ans
Jack Pinto (garçon), 6 ans
Noah Pozner(garçon), 6 ans
Caroline Previdi, (fille), 6 ans
Jessica Rekos (fille), 6 ans
Avielle Richman (fille), 6 ans
Benjamin Wheeler (garçon), 6 ans
Allison N. Wyatt (fille), 6 ans
ADULTES (toutes des femmes)
Rachel Davino, 29 ans
Dawn Hocksprung, 47 ans
Anne-Marie Murphy, 52 ans
Lauren Russeau, 30 ans
Mary Sherlach, 56 ans
Victoria Soto, 27 ans

Septième art

Si le cinéma est le septième art, quels sont les six premiers?

Entre 1818 et 1829, le philosophe Hegel distingue cinq arts, classés selon l'expressivité et la matérialité (du plus matériel et le moins expressif au moins matériel et le plus expressif):
- l'architecture
- la sculpture
- la peinture
- la musique
- la poésie.

Au XXème siècle s'ajoutent quatre autres arts pour donner ceci:

1- l'architecture
2- la sculpture
3- la peinture et le dessin (les arts visuels)
4- la musique
5- la littérature dont la poésie
6- les arts de la scène (théâtre, danse, mime et cirque)
7- le cinéma
8- les arts médiatiques (radiodiffusion, télévision, photographie)
9- la bande dessinée. 

Ricciotto Canudo, écrivain français d'origine italienne, transforme le système de Hegel en simple liste où les arts du temps (musique et poésie) font la synthèse avec les arts de l'espace (architecture, sculpture et peinture) et des arts corporels (arts de la scène). À la suite d'Apollinaire, de Gance, de Collette, de Meyerhold, de Maïakovski et des futurs surréalistes, il contribue à faire reconnaître au cinéma le statut d'art. 

Des poubelles de Monrovia à M.I.T.

Je viens de découvrir la vie de Kelvin Doe, un jeune inventeur sierra léonais de 15 ans. Kelvin récupère des objets dans les poubelles pour créer les piles, générateurs et autres appareils dont il a besoin pour générer l'électricité et fournir une station de radio à sa communauté. Son but: permettre à sa communauté de débattre d'idées les concernant et concernant leur pays. Kelvin a d'autres idées, bien entendu. Aidé par un étudiant au doctorat de la M.I.T., David Sengeh, Kelvin fait une tournée de trois semaines dans quelques universités de la côte Est des États-Unis d'Amérique.

Kelvin, que son entourage appelle DJ Focus, est fascinant de vision et d'ambition. kelvin rêve surtout d'aider sa famille. Son expérience rappelle comme il est important de promouvoir l'innovation dans les pays en développement et particulièrement en Afrique. Comme le dis David, son mentor, les solutions aux problèmes de leurs communautés et pour le développement doivent provenir de ces jeunes qui ont besoin de bâtir leur avenir, et non (uniquement) de l'aide des pays du Nord.



Le calme avant la tempête

Une très belle photo de New York, vue de Staten Island... quelques heures avant le passage de l'ouragan Sandy.

Photo: Chamime Osseni

Choix

Photo: UQÀM
Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une amie de longue date. Je l'ai "attrapée au vol", je l'ai surprise en plein déménagement car elle quittait l'Europe pour l'Océanie. Notre correspondance est courte, hachée par les mille et une activités de nos vies quotidiennes entre adaptation, recherche d'emploi et vies de famille et de voyage. Comment se redécouvrir, en ligne, après près de 20 ans de séparation? Je l'aime beaucoup et le jeu, à mes yeux, en vaut la chandelle. Mon amie semble partager mon enthousiasme car elle prend le temps de nourrir cet échange électronique. Il y a quelques jours, elle m'a demandé: "La question qui me vient concerne ton choix de pays de résidence: pourquoi le Canada? Surtout pour toi qui vient d'un pays chaud."

Il y a longtemps que je médite sur cette question. J'ai souvent expliqué mon choix par un désir égoïste de vivre dans un milieu où tout est plus "facile" et "accessible" que là d'où je viens. Cette réponse néanmoins me laisse insatisfait car je suis capable de vivre sans le "facile" et l'"accessible". La réponse est donc incomplète et j'ai répondu ceci, beaucoup plus proche de la vérité que la théorie du "choix égoïste", à mon amie.

"Tout a commencé parce que ma famille y voyait une meilleure opportunité que la France, mon premier choix parce que je vous y aurais tous retrouvé. La France sentait trop le roussi avec les histoires de racisme et de discrimination.  

Métro de Montréal 2012

Une fois sur place et mes études terminées, j'ai décidé de rester. D'abord parce qu'on s'attache à la terre qui nous accueille: Montréal m'a ouvert grand les bras. Amoureux des langues, j'ai pu parler fon et français, espagnol et anglais et j'ai pu, dans le même souffle, apprendre à parler japonais et arabe; j'ai marché sur les docks un soir et fréquenté des boîtes de nuit huppées le soir suivant. J'ai croisé des stars du cinéma, découvert d'une part le jazz et les filles et d'autre part l'importance de la foi, de l'écriture, de la famille et de la photographie dans ma vie; les nouveaux amis que je me faisais, voyageurs de passage, étudiants ou professeurs venaient de partout dans le monde, je n'avais plus besoin de voyager pour les rencontrer. Je me suis attaché à Montréal pour ces raisons, et donc un peu au Canada.

D'autre part, quelqu'un m'a dit il y a plusieurs années que je semblais toujours chercher quelque chose. Cette affirmation me hante toujours parce que j'ai peur qu'elle soit vraie. Si c'est le cas, j'ai besoin de me déplacer et de continuer à chercher. Quand fatigué de Montréal je suis enfin parti en vacances (et en quelque sorte, en exploration) en Europe et en Afrique, et que j'ai pris de la distance -au sens littéral et philosophique du terme- par rapport au Canada, j'ai réalisé que cette terre que j'avais ainsi une chance de fuir en m'installant ailleurs, correspondait parfaitement à ce dont j'avais besoin car elle était vaste et, en un sens, vierge. Ce pays me permettait d'explorer, de migrer, de bouger, de découvrir, en un mot de continuer ma quête sans avoir à quitter les frontières nationales. Je ne pouvais décemment pas m'éloigner des dix provinces et des trois territoires qui forment le Canada parce que je me sentais mal dans une ville, c'était trop bête. Connais-tu la fable de La Fontaine, le laboureur et ses enfants? Il me fallait chercher mon trésor ici d'abord. J'ai migré à Winnipeg et j'ai découvert le Manitoba, la Saskatchewan puis les autres provinces. Les années de bonheur que j'y ai vécu ont conforté mon idée qu'il y avait tellement de différences d'une région à une autre que j'aurais à peine de toute une vie pour faire le tour de ma nouvelle patrie. Au fil du temps, je découvre, comme les enfants du laboureur, que le bonheur est plus dans la quête que dans l'objet de cette dernière...

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le froid quant à lui ne m'a jamais dérangé. D'ailleurs, il a fait plus froid dans les plates Prairies canadiennes où le vent souffle encore plus fort, que partout ailleurs. C'est un peu comme dans une relation amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse. Vu que personne n'est parfaite, on fait des compromis et parfois, on en arrive à aimer les défauts de l'autre car ils le rendent unique. J'ai vite compris que si je n'acceptais pas le froid -et donc ma terre d'accueil comme elle est, je n'avais qu'à retourner d'où je venais. J'ai compris que je n'avais pas à me plaindre et, surtout, après plusieurs années, j'ai compris que je pouvais faire mieux et même apprivoiser ce froid qui distingue si bien mon nouveau pays de tous les autres, en m'habillant bien et en faisant des activités d'hiver. Non, l'hiver ne m'a pas repoussé. Il m'a attiré au contraire car, comme tu l'indiques, je suis né dans un pays chaud. C'est ce que je ne suis pas, ce que je ne sais pas, ce que je connais mal, qui m'attire le plus. Nomade comme toi, petit pionnier des temps modernes, j'aime encore plus aller où personne autour de moi ne veut. 

Permets-moi, amie, d'utiliser cette lettre sur le blog que je tiens et par lequel je veux partager un peu de ce moi dont je viens de te livrer un pan. 

Bises, et à la prochaine question."