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Choix

Photo: UQÀM
Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une amie de longue date. Je l'ai "attrapée au vol", je l'ai surprise en plein déménagement car elle quittait l'Europe pour l'Océanie. Notre correspondance est courte, hachée par les mille et une activités de nos vies quotidiennes entre adaptation, recherche d'emploi et vies de famille et de voyage. Comment se redécouvrir, en ligne, après près de 20 ans de séparation? Je l'aime beaucoup et le jeu, à mes yeux, en vaut la chandelle. Mon amie semble partager mon enthousiasme car elle prend le temps de nourrir cet échange électronique. Il y a quelques jours, elle m'a demandé: "La question qui me vient concerne ton choix de pays de résidence: pourquoi le Canada? Surtout pour toi qui vient d'un pays chaud."

Il y a longtemps que je médite sur cette question. J'ai souvent expliqué mon choix par un désir égoïste de vivre dans un milieu où tout est plus "facile" et "accessible" que là d'où je viens. Cette réponse néanmoins me laisse insatisfait car je suis capable de vivre sans le "facile" et l'"accessible". La réponse est donc incomplète et j'ai répondu ceci, beaucoup plus proche de la vérité que la théorie du "choix égoïste", à mon amie.

"Tout a commencé parce que ma famille y voyait une meilleure opportunité que la France, mon premier choix parce que je vous y aurais tous retrouvé. La France sentait trop le roussi avec les histoires de racisme et de discrimination.  

Métro de Montréal 2012

Une fois sur place et mes études terminées, j'ai décidé de rester. D'abord parce qu'on s'attache à la terre qui nous accueille: Montréal m'a ouvert grand les bras. Amoureux des langues, j'ai pu parler fon et français, espagnol et anglais et j'ai pu, dans le même souffle, apprendre à parler japonais et arabe; j'ai marché sur les docks un soir et fréquenté des boîtes de nuit huppées le soir suivant. J'ai croisé des stars du cinéma, découvert d'une part le jazz et les filles et d'autre part l'importance de la foi, de l'écriture, de la famille et de la photographie dans ma vie; les nouveaux amis que je me faisais, voyageurs de passage, étudiants ou professeurs venaient de partout dans le monde, je n'avais plus besoin de voyager pour les rencontrer. Je me suis attaché à Montréal pour ces raisons, et donc un peu au Canada.

D'autre part, quelqu'un m'a dit il y a plusieurs années que je semblais toujours chercher quelque chose. Cette affirmation me hante toujours parce que j'ai peur qu'elle soit vraie. Si c'est le cas, j'ai besoin de me déplacer et de continuer à chercher. Quand fatigué de Montréal je suis enfin parti en vacances (et en quelque sorte, en exploration) en Europe et en Afrique, et que j'ai pris de la distance -au sens littéral et philosophique du terme- par rapport au Canada, j'ai réalisé que cette terre que j'avais ainsi une chance de fuir en m'installant ailleurs, correspondait parfaitement à ce dont j'avais besoin car elle était vaste et, en un sens, vierge. Ce pays me permettait d'explorer, de migrer, de bouger, de découvrir, en un mot de continuer ma quête sans avoir à quitter les frontières nationales. Je ne pouvais décemment pas m'éloigner des dix provinces et des trois territoires qui forment le Canada parce que je me sentais mal dans une ville, c'était trop bête. Connais-tu la fable de La Fontaine, le laboureur et ses enfants? Il me fallait chercher mon trésor ici d'abord. J'ai migré à Winnipeg et j'ai découvert le Manitoba, la Saskatchewan puis les autres provinces. Les années de bonheur que j'y ai vécu ont conforté mon idée qu'il y avait tellement de différences d'une région à une autre que j'aurais à peine de toute une vie pour faire le tour de ma nouvelle patrie. Au fil du temps, je découvre, comme les enfants du laboureur, que le bonheur est plus dans la quête que dans l'objet de cette dernière...

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le froid quant à lui ne m'a jamais dérangé. D'ailleurs, il a fait plus froid dans les plates Prairies canadiennes où le vent souffle encore plus fort, que partout ailleurs. C'est un peu comme dans une relation amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse. Vu que personne n'est parfaite, on fait des compromis et parfois, on en arrive à aimer les défauts de l'autre car ils le rendent unique. J'ai vite compris que si je n'acceptais pas le froid -et donc ma terre d'accueil comme elle est, je n'avais qu'à retourner d'où je venais. J'ai compris que je n'avais pas à me plaindre et, surtout, après plusieurs années, j'ai compris que je pouvais faire mieux et même apprivoiser ce froid qui distingue si bien mon nouveau pays de tous les autres, en m'habillant bien et en faisant des activités d'hiver. Non, l'hiver ne m'a pas repoussé. Il m'a attiré au contraire car, comme tu l'indiques, je suis né dans un pays chaud. C'est ce que je ne suis pas, ce que je ne sais pas, ce que je connais mal, qui m'attire le plus. Nomade comme toi, petit pionnier des temps modernes, j'aime encore plus aller où personne autour de moi ne veut. 

Permets-moi, amie, d'utiliser cette lettre sur le blog que je tiens et par lequel je veux partager un peu de ce moi dont je viens de te livrer un pan. 

Bises, et à la prochaine question."

Article amusant trouvé en ligne: Diversité sur la colline parlementaire: une fois par année!

Non, il n'y a toujours pas de diversité veritable dans la Chambre des Communes, mais ils laissent une place aux noirs le jour du Canada.
K-os and Alex Cuba, Montreal Jubiliation Gospel Choir feront partie du show! Rebecca Makonen sera hotesse.

LES CANADIENS NOIRS EN SASKATCHEWAN!! Dione Taylor - Jazz

(Saskatchewan)" src="http://capitaleducanada.gc.ca/canadaday/pages/artists_pic/134932.jpg" align="right" border="0">

Album: I Love Being Here With You
Extrait: Save Your Love For Me
Regarder Hymn To Freedom sur Youtube

Où : colline du Parlement
Quand : spectacle du midi (midi à 13 h 30) et spectacle du soir (18 h 30 à 22 h)

http://www.dionetaylor.com/




(Québec)" src="http://capitaleducanada.gc.ca/canadaday/pages/artists_pic/134946.jpg" align="right" border="0">

H'Sao - Musiques du monde

(Québec)

Album: H'Sao
Extrait: SAO
Regarder Aimer d'amour sur Youtube

Où : colline du Parlement
Quand : spectacle du midi (midi à 13 h 30) et spectacle du soir (18 h 30 à 22 h)

http://www.hsao.ca/



Marie-Josée Lord - Classical
(Québec)

(Québec)" src="http://capitaleducanada.gc.ca/canadaday/pages/artists_pic/134940.jpg" align="right" border="0">
Album: Le gala du 30e anniversaire
Extrait: My man's gone now
Regarder Marie-Josée Lord sur Youtube

Où : colline du Parlement
Quand : spectacle du midi (midi à 13 h 30) et spectacle du soir (18 h 30 à 22 h)

http://www.stationbleue.com/artistes.f/lord_mariejosee.php





(Colombie-Britannique)" src="http://capitaleducanada.gc.ca/canadaday/pages/artists_pic/134928.jpg" align="right" border="0">

Alex Cuba - Cubain
(Colombie-Britannique)

Album: Agua Del Pozo
Extrait: Directo
Regarder If You Give Me Love sur Youtube

Où : colline du Parlement
Quand : spectacle du soir (18 h 30 à 22 h)

http://www.alexcuba.com/




web: http://capitaleducanada.gc.ca/feteducanada/

Carnets de voyage: Khalid Loda



Être de retour sur un campus universitaire permet d’assister à des évènements intéressants. Je fais des rencontres enrichissantes et j’en apprends beaucoup. C’est ce qui est arrivé le 18 novembre dernier, lors de la semaine de l’éducation internationale. Durant une présentation intitulée « Promouvoir la citoyenneté mondiale », un de mes collègues étudiant à la maîtrise en administration publique, Khalid Loda, a parlé de son parcours d’étudiant au Maroc, en Angola, aux États-Unis et au Canada à la Rotonde de l’Institut français de l’Université de Regina.




D'abord dubitatif, j’ai très vite compris que l’histoire de Khalid avait quelque chose de différent de la mienne et que je gagnerai beaucoup à l’écouter. Bien que nomade global comme lui, plusieurs aspects de nos parcours sont distincts et sa narration m’a même permis de me réconcilier avec une partie de mon histoire. Les notes que j’ai prises n’ont tenu que sur deux petites pages de mon carnet, les voici. J’aimerais tout particulièrement les partager avec les duraliens et duraliennes qui depuis environ un an, me permettent de mieux comprendre, d’accepter et d’embrasser les conséquences de nos migrations. (DURALA veut dire « D’Une Rive À L’Autre. » C’est une émission de radio et un concept décrivant les membres de la diaspora afro caribéenne, inventé par Khady Beye, que j’ai rencontrée par l’intermédiaire de Ndack Kane (blog: Comprendre et agir.) Les deux gagnent à être écoutée –pour l’une, et lue –pour l’autre.)




Khalid est un sympathique jeune homme de 30 ans. A trois ans, il quitte le Maroc pour l’Angola. Papa, qui a également vécu au Moyen-Orient, a choisit de quitter le Maroc de la fin des années 70. Il est conseiller en affaires dans le domaine de l’énergie. Khalid qui va étudier à l’école française, va y vivre avec sa famille jusqu’à ce que la guerre civile ne le permette plus. Il retourne alors au Maroc à l’âge de 12 ans et va y passer les huit années suivantes. Puis, de 1998 à 2006, il va vivre à sa façon le « rêve américain », jouer au basket dans une ligue mineure et poursuivre ses études, avant de retourner sur sa terre natale. Frustré par les difficultés d’intégration qu’il vit, Khalid revient vers l’Amérique et choisit cette fois de s’installer au Canada. Regina semble pour lui l’endroit rêvé car elle est située dans une province dont le coût de la vie abordable et la situation géographique lui permettent de poursuivre ses études universitaires et de rester proche de son frère resté au Dakota du Nord.




A cause de l’âge qu’il avait et de la durée de son séjour dans chaque pays, Khalid a profondément ressenti les défis de ses migrations. Il a également eu le loisir de les analyser et c’est avec acuité qu’il a guidé nos regards sur son cheminement. En Angola, il a appris la langue et vécu les frayeurs d’un conflit lié à la guerre froide. De retour au Maroc, il a dû apprendre la langue, les meurs et la culture d’un pays natal qu’il n’a jamais vraiment connu. L’abondance des denrées et la société de consommation de masse l’interpellent, lui qui a vécu les rationnements et les pénuries que provoquent les conflits armés. Aux États-unis, c’est un nouveau choc culturel; il faut composer non pas seulement avec l’apprentissage d’une nouvelle langue, mais aussi avec le racisme des noirs américains dont l’attitude change quand ils apprennent que le Maroc ne se trouve en pas en Amérique Latine mais sur le continent… noir! Par contre, l’attitude ouverte des canadiens le laisse d’abord incrédule : multiculturalisme et tolérance? Il faut le vivre pour le croire.




À travers ses pérégrinations, Khalid a su « garder » son identité qu’il porte dans son cœur. Elle l’a aidé, dit-il, à traverser avec succès ces différentes expériences. Khalid est d’abord et avant tout musulman et a toujours tenu à respecter les préceptes de l’Islam, quel que soit le pays ou les conditions dans lesquels il a vécu. Marié depuis peu à une femme norvégienne d’origine marocaine, Khalid répond en souriant à la question d’un étudiant curieux de savoir s’il repartirait vers un autre pays : « pourquoi pas? On verra bien… Ma femme me dit que je peux vivre et travailler en Norvège vu que je parle anglais et elle a envie d’y retourner… » Pour les conjoints de Khalid et des nomades globaux, l’adage « Qui prend mari, prend pays » n’a vraiment pas lieu d’être.

Carnets de voyage: la Fransaskoisie

J'ai eu le plaisir de rencontrer Denis Desgagné, directeur général de l'Assemblée communautaire fransaskoise lors d'une réunion du RICLOS, le Réseau interministériel des coordonateurs de langue officielle de la Saskatchewan. Ma réponse à sa question "Penses-tu déménager en Saskatchewan?", une grimace, lui a fait tourner la tête de déception; c'est sans doute une réaction qu'il voit souvent, mais pour d’autres raisons. J'ai offert à Denis de prendre le temps de lui répondre ici. Voici.

Denis, actuellement, je suis installé et je vis au Manitoba où je suis heureux. J'ai d’abord fait la grimace parce que j'aurais volontiers considéré la Saskatchewan comme province d'accueil si j'en cherchais une. C'était plus par hésitation que parce que je vis de mauvaises expériences à Régina ou en Saskatchewan.

Bien sûr, il y a d'abord eu ces douloureuses premières semaines pendant lesquelles le choc de la petite taille de la ville de Regina a suivi celui de la difficulté de se faire des amis. L'atterrissage dans une nouvelle ville n'est pas toujours facile quand on n'y connait personne. J'ai d’abord trouvé les gens froids et distants ici. Mes tentatives infructueuses d’établir le contact m’ont fait réalisé qu'il me fallait simplement changer d'approche et me tourner vers des gens avec qui j'ai des points en commun: étudiants en sciences sociales, amateurs de poésie et de musique, écrivaillons en tout genre et surtout… francophones. Il n'y en a que 1,59% dont la première langue parlée est le français (2006) dans la province, mais j’ai réussi à les trouver! J’ai rencontré les jeunes employés de l’Institut français.

Mon expérience a alors changé du tout au tout et j'ai commencé à me sentir confortable. J'ai eu le plaisir d'assister à des soirées, de danser et de "socialiser" plus que je l'aurai imaginé. Enfin, cette rencontre avec des professionnels de cinq ministères différents a scellé mes impressions de Régina. C’est une petite ville, certes. Sur le plan économique, la structure des taxes d’entreprise est telle qu’elle empêche les grandes entreprises de s’installer ici et qu’elle fait l’apogée des PME. Ces derniers sont appelés les « moteurs » de l’économie. C’est une vie sociale de proximité, je peux d’où je vis « Walk to Work », marcher pour aller au travail, au supermarché, au restaurant et à l’université. Je peux même, avec du courage et de l’organisation, aller à pied chercher quelqu’un à l’aéroport (et revenir en taxi, bien sûr!) J’aime également les petits cafés, les magasins « du coin », où petit à petit les saluts timides se sont mués en longues conversations. J’aime bien les restaurateurs dont je fréquente les établissements, mes collègues francophones et mes amis employés de l’Institut français. J’ai découvert avec bonheur que le mot d’ordre des gens d’ici est l’inclusion et que les francophones, si peu nombreux qu’ils soient, sont passés d’un désir de revendication à un désir de valorisation. Comme l’a dit Gérard Bouchard (Commission Bouchard-Taylor de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles) lors de son passage à Régina, c’est le Québec qui a à apprendre des fransaskois et pas l’inverse. (J’ajouterai que le Manitoba, dont la commission scolaire francophone rejette encore les enfants de familles exogames, en a tout autant à apprendre.)

C’est simplement que je suis un nomade et que cet automne a été une autre escapade montée de toutes pièces : j’ai trouvé deux ou trois bonnes raisons académiques et professionnelles de venir vous rencontrer, fransaskois et reginois, de venir apprendre ce que vous « mangez en hiver », ce qui vous fait vibrer. J’ai voulu découvrir les avenues Dewdney et Victoria, l’Université de Régina et l’hôtel de ville, le centre-ville et les bureaux de mon employeur, Statistique Canada. J’ai voulu voir ce qu’il y a en commun et ce qu’il y a de différent entre nos deux villes, nos deux provinces, histoire de pouvoir offrir des arguments solides à ceux qui ne comprennent pourquoi vous aimez tant votre coin de pays. Je suis devenu un défenseur et un promoteur de la vie en Saskatchewan, province en majorité anglophone et rurale et c’est le peu que j’ai compris que j’emporte avec moi, ami Denis. Si je ne peux rester, c’est simplement que je suis un nomade…

Carnet de voyage: en marchant...

“Les écoliers laborieux
Vont avec joie à leur ouvrage
Mais les élèves sans courage
Partent les larmes dans les yeux…
Allons il faut faire silence
Les jeux sont finis, mes petits amis
Voila la maîtresse qui s’avance
Sans perdre de temps
Mettons-nous en rang!”

Lundi, 8h03 du matin. Je suis à Regina depuis quelques semaines. Cette comptine de mon enfance me revient à l’esprit alors que je marche d’un pas rapide vers mon lieu de travail. Je me souviens de ces premières années durant lesquelles j’allais à pied de la maison à l’école primaire Charles Guillot A. Mes premières années au collège ont également été remplies de marches entre la maison du quartier JAK et le collège de l’Union et j’ai vite rencontré quelques amis avec qui j’ai cheminé le long des sentiers de sable, des chemins de fer et des routes de terre battue. Au Cameroun, nous allions du lycée au « TC », le Tennis Club américain, tuer le temps entre deux cours et accompagner ceux d'entre nous qui fumaient en cachette. C’est entre les sissongos (appellation pour les hautes herbes qui poussent localement) que nous cheminions alors, une torture lorsque nous étions en shorts.


Vingt-cinq ans plus tard, je trotte le long d’avenues saskatchewanaises plus larges et moins peuplées, les oreilles pleines d’un Dan Bigras québécois et le cœur en miette d’être encore plus loin des miens. J’avance vers mon boulot en me demandant quel trajet suivront mes enfants à moi, si mes pérégrinations m'ont menées si loin d'est en ouest, de Cotonou à Regina. Arrêtons-nous jamais de marcher?

Carnets de voyage: Solitude au Far-West

Je me suis inscrit depuis peu à un groupe sur Facebook: "La vie à l'étranger qu'on ne trouve pas sur Facebook", une idée brillante de l'auteur qui rappelle que "sur Facebook, toutes nos photos et nos échanges sont en grande partie hyper positives (...) mais il n'y a pas la photo de quand j'ai mangé pendant une semaine des spaghettis assaisonnés à l'huile d'olive avec du sel et du poivre parce que j'étais dans la dèche !"


L'objectif est simple: "que dans ce groupe nous fassions part de nos expériences moins glorieuses pour parer à certaines désillusions. Ça peut être triste, ça peut être drôle, l'essentiel est que cela soit surtout simple et vrai !"

Les nomades vivent constamment ces moments moins glorieux. "Immigré" en Saskatchewan pour quelques mois et installé dans un quartier tranquille, je traverse actuellement un de ces moments moins drôles de "la vie à l'étranger" : la solitude! À l'heure de la pause-café chez Tim Hortons aujourd'hui, j'en ai parlé avec une collègue. Appelons-la Ludivine.

sk99g26 Regina, Saskatchewan, Downtown 1999Image by CanadaGood via Flickr

« Alors, tu aimes bien ton séjour » me demande t’elle. Elle est vraiment drôle, Ludivine. Depuis le premier café que nous avons pris ensemble à mon arrivée il y a trois semaines elle a évité mon regard chaque fois que je passais devant son bureau pour « l’inviter » des yeux ou poliment décliné mon invitation quand je me suis posé discrètement devant sa porte. Les quelques autres collègues se sont montrés peu enclins à s’ouvrir, saluant à peine d’un geste de la main le matin ou d’un grognement en fin de journée. Pourtant j'avais confié à Ludivine que je n’avais pas de connaissances à Regina et que j’aurais aimé rencontrer des « gens d’ici. »

« - Oh, à part le fait que personne ne veut me parler, je vais bien.
- comment ça?
- pas de contact visuel avec des inconnus, après le travail chacun rentre chez soi et vaque à ses occupations, le restaurateur chez qui je vais tous les jours trouve bizarre que je veuille connaître son nom, mes voisins sont soit invisibles, soit introvertis…
- Oui, ici on n’établit pas beaucoup de contacts avec des gens qu’on ne connaît pas.
- Mais alors, comment apprendre à les connaître? » Ludivine me sourit. « Seules deux personnes m’ont vraiment adressé la parole en deux semaines: un africain, parce qu’il a reconnu le logo de son entreprise sur un sac promotionnel que j’utilise et un avocat anglophone qui a vécu à Montréal, parce qu’il a reconnu mon accent et qu’il veut pratiquer son français! »

C’est déjà un début, deux personnes en trois semaines. Il faut reconnaître que tout le monde n’est pas extraverti. De plus, ce n’est pas juste dans l’ouest ou dans les plus petites villes qu’on ne parle pas aux inconnus, c’est partout. Mais je dois admettre que plus je m’enfonce dans les Prairies et plus le phénomène se généralise. Il en est sans doute de même dans les provinces atlantiques, maritimes, pacifique, au Nord ou au fond de l’Ontario et du Québec. Au Québec au moins, j’aurais eu la langue en commun avec mes interlocuteurs, et la langue est un vecteur majeur d’intégration, un outil contre la solitude.

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Carnets de voyage: Rêves d'acier dans la ville reine

En rentrant hier soir de mon cours je suis passé faire quelques achats. L’épicier du coin est ouvert jusqu’au bout de la nuit, une aubaine pour les couche-tard de mon genre. En ressortant dans la nuit glacée, j’ai croisé une jeune femme qui se dirigeait d’un pas leste comme tous les gens d’ici, vers une voiture garée derrière la mienne. Incapable de distinguer son automobile, j’ai deviné en souriant qu’elle conduisait la coccinelle peinte de jolis tournesols que j’avais remarquée en arrivant. La jeune femme s’est plutôt dirigée vers la voiture d’à coté et je suis reste interloqué en la voyant s’engouffrer dans un bolide. Je me suis dépêché de déposer mes achats sur la banquette arrière de ma petite Dodge SX 2 et pendant qu’elle baissait la vitre en verrouillant les portières, je me suis empressé vers elle pour lui demander quel modèle elle conduisait.
« C’est une Cayman S.
- Wow ! Et vous connaissez la différence avec les Boxter ou les Carrera? Vous en avez essayé une? » Je voulais avoir l’air d’un connaisseur, mais je ne m’intéresse pas aux voitures de luxe à vrai dire. J’avais juste entendu parler de la Panamera la veille, et j’étais allé faire un tour sur internet.
« Non, c’est l’auto à mon mari, alors je ne m’y connais pas beaucoup…
- Elle est vraiment belle en tout cas.
- Je lui dirai, merci à vous.
- De rien ! Et parlez-lui de la Panamera aussi… »
Je l’ai regardé s’éloigner en retournant vers ma berline. Cette Porsche de plus de 70.000$ m’a fait rêver tout d’un coup. J'avais observé jusqu'ici que les propriétaires de tels vehicules avaient toujours plus de cinquante ans et je n'avais jamais compté une femme dans la catégorie. Ah si j’étais millionnaire…


Question: combien faut-il gagner pour s'offrir un bolide entre 70.000$ et 150.000$ de ce genre?



Carnets de voyage: Immigrants à Régina

C'est un petit coin de pays tranquille. Statistique Canada considère Regina comme une région métropolitaine de recensement (RMR), c'est à dire qu'elle est formée d'une ou de plusieurs municipalités adjacentes situées autour d'une grande région urbaine. Une RMR doit avoir une population d'au moins 100 000 habitants et le noyau urbain doit compter au moins 50 000 habitants.

Regina est une très petite ville, où on circule facilement. Comme dans la plupart des villes américaines, l'urbanisation a été planifiée et les espaces sont bien quadrillés. Certaines avenues portent des numéros, 4ème, 5ème, 6ème, 12ème, 13ème, comme à New York. D'autres -c'est amusant- portent des noms de la province et de villes canadiennes: Saskatchewan Drive, Quebec St., Montreal St., Toronto St., Ottawa St., St John et Halifax St.

C'est une petite ville qui "fait" petite ville. Les cafés et les restaurants ferment tôt, on se salue encore dans la rue, on s'offre facilement des cigarettes. Deux fois déjà des étrangers m'ont offert de me déposer en voiture alors qu'il pleuvait et que je n'avais pas de parapluie ou que je ne savais pas comment me rendre chez moi un soir après un tour à l'hôpital. Ceux qui s'y établissent viennent pour le calme: c'est une ville qu'ils préfèrent à des métropoles plus bruyantes et plus densément peuplées pour des raisons aussi simples que commencer une famille. Les étudiants étrangers trouvent Régina moins coûteuse et une fois établis, n'ont plus envie de partir. La population, bien que distante de prime abord, s'avère vite très amicale et attachante. Rien à voir avec les expériences de Kyriaki et d'Elias, immigrants de Grèce ou d'Awelana qui est arrivée du Ghana dans la ville de Toronto.

Par contre, je sens chez les immigrants que je rencontre ici, qu'ils soient de Grèce, du Ghana, ou du Congo et du Burundi, un grand sens du sacrifice. "On est ici pour le bien des enfants." Auraient-ils aimé être ailleurs s'il n'en tenait qu'à eux et à leur bonheur? Vivre dans la paisible ville-reine pour assurer un bel avenir à ses enfants, voilà le pari. Mais pour les nomades de mon genre, ce petit coin de pays se fait un peu trop tranquille... (à suivre)

Carnets de voyage: Highway No. 1


Mi –septembre 2009. Je roule à vive allure sur l’autoroute Numéro Un, qui relie les extrémités est et ouest du Canada. Pour la troisième fois cette année, je franchis par la route les six cents kilomètres et quelques qui séparent le périmètre de Winnipeg de celui de Regina et qui me rappellent à quel point j’aime ces prairies! Je ne cesse de tourner le regard du nord au sud, de gauche à droite : les champs sont immenses et il n’y a rien de tel que ces étendues vertes ou jaunes parsemées de bottes de foin qui n’attendent qu’à être engrangées pour l’hiver. C’est le temps des récoltes et bien que j’aie pris la route un dimanche, je peux enfin voir quelques fermiers s’activer sur leurs tracteurs. Au printemps, je les manqué de peu : il était encore trop tôt pour les semences quand je suis passé. Au milieu de l’été, les plantes en croissance nécessitaient moins de soin; il n’y avait donc personne à regarder travailler. Maintenant, j’ai vraiment l’impression de traverser le grenier du pays.

Ici, un troupeau de vaches broute tranquillement. Là, plusieurs kilomètres plus loin, je distingue près d’une grange les bras immenses du système d’irrigation utilisé: c’est un champ de patates que ces longues tiges mécanisées ont rafraîchi tout l'été et bientôt elles iront rejoindre tracteurs, fourches et bennes dans des granges emménagées à cet effet. Enfin, plus loin, les tournesols des champs voisins semblent être trop lourds pour lever la tête vers le soleil : il est temps de les récolter.

Les Prairies, c’est le bonheur de pouvoir admirer un coucher de soleil jusqu'au bout de l'horizon et ces champs sont devenus le nouvel océan au bord duquel j’aime à le faire. Elles me ramènent a mes lectures d’enfant peuplées de western, de cow-boys et d’indiens. Tantôt j'accélère parce que je veux arriver avant la nuit mais je ralentis bien vite en faisant un clin d’œil à l’astre solaire qui semble me sourire : c’est bientôt la fin de l’été, les moissons sont à moitié terminées, d’ici quelques semaines nous replongerons dans un cycle de trois saisons plus ou moins grises et nos Prairies s’endormiront; les champs se reposeront et la terre se régénéra pour nous donner un nouvel été vert, jaune et ocre de plantations de canola, de tournesols, de blé et d’émotions.

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