Migrations et célébrations

D'une part, il y a Marie*. Sa spécialité: le réseautage. Je ne l'ai rencontrée qu'il y a un an mais durant les huit mois qu'a duré notre collaboration, elle m'a tiré d'affaires bien des fois, me mettant en contact avec des membres de la haute direction du ministère où je travaillais lorsque j'avais le plus besoin de leur appui. Elle m'a permis de retrouver espoir, quand les cieux semblaient m'avoir abandonné. J'ai quand-même perdu la bataille -et mon emploi- mais je n'oublierais jamais les leçons de Marie sur l'importance de prendre le temps de remercier les autres, de les écouter, d'apprendre à les connaître et de toujours leur rendre un service, justement, quand on leur en demande un.

D'autre part, il y a Gina*. Je ne l'ai rencontrée qu'une fois, il y a neuf mois, à une conférence de jeunes professionnels, mais elle était tellement gentille que je n'ai pas cessé d'essayer de la revoir. J'ai été autant séduit par sa nature amicale et généreuse que par le tempérament calme et posé de son fiancé qui assistait au même évènement. Depuis, je lui ai écrit, je leur ai écrit, en vain. Bien que nous soyons "connectés" sur Facebook, je n'ai plus de contact avec Gina ni son fiancé. Une intuition profonde me pousse cependant à rester patient et à persévérer. Un jour peut-être me répondront-ils?

Il y a plusieurs points communs entre Marie et Gina. J'ai rencontré l'une et l'autre dans le cadre de mon travail. Elles sont toutes les deux employées du gouvernement fédéral. Leurs conjoints le sont également. Mais au-delà de ces similitudes que partagent des milliers de personnes, il y a qu'elles se sont toutes les deux mariées en septembre 2012. Elles étaient sublimes dans leurs robes, rayonnantes au milieu de leur entourage et paraissaient comblées. Elles ont en commun que cela m'a profondément troublé.  Je m'explique.

Photo: Amalia Grey
Un des problèmes majeurs des nomades et des migrants permanents, c'est la quantité et la qualité des liens qu'ils peuvent tisser autour d'eux. S'ils ne repassent pas régulièrement par les mêmes endroits, s'ils ne revoient pas périodiquement les mêmes gens, il leur est impossible de tisser des liens profonds et durables car un des ingrédients essentiels pour cela, c'est le temps. Il faut passer du temps avec les personnes pour apprendre à les connaître, les apprécier, les aimer et les détester. Il faut du temps pour se réjouir ou souffrir ensemble, il faut du temps pour partager ou se battre. Il faut du temps pour devenir amis. Vrais amis.

Les amis du nomade global que je suis devenu se trouvent aux quatre coins du monde. Ils vivent entre Milan, Cotonou, Hong Kong, Tananarive, Madrid, Basse-Terre, Riobamba, Montréal, Los Angeles, Winnipeg et ailleurs. Gatinois depuis un peu plus d'un an, je commence à peine à tisser les relations profondes de la qualité de celles qui ont semé mon parcours.

J'ai une telle estime pour Marie et pour Gina que j'aurai aimé assister à leurs mariages. J'aurai aimé célébrer ce moment magique avec elles, graver leur bonheur sur le film ou sur l'écran de mon appareil photo, rencontrer leurs familles et leurs amis, applaudir et danser avec eux. J'aurai été profondément touché si elles avaient compris mon attachement.

Cependant, outre le fait que nos relations n'étaient que professionnelles, il faut aussi compter avec les limites des budgets de tels évènements. De plus, comment expliquer que j'ai appris, à force de trimbaler mes bagages d'un pays à l'autre, à faire confiance au sixième sens qui me guide vers les personnes avec qui je m'entends bien et à me lier très rapidement? Comment expliquer qu'elles peuvent me faire autant confiance qu'aux proches qui ont toujours fait partie de leurs vies, alors que j'y débarque à peine? Enfin, comment expliquer que je regrette de ne pas être présent pour mes amis qui habitent à Milan, à Cotonou, à Hong Kong, à Tananarive, à Madrid, à Basse-Terre, à Riobamba, à Montréal, à Los Angeles, À Winnipeg ou ailleurs et que j'aimerais participer aux célébrations des événement heureux ou moins heureux de ceux qui vivent dans la même ville que moi, comment le dire sans paraître égoïste?

*Prénoms d'emprunt

Racontez-moi une histoire (Tell Me A Story)

Tell Me A Story est le titre du billet d'Andrea Dyck, conservatrice des cultures modernes et de l'immigration au Musée du Manitoba. Andrea est responsable de la recherches, des collections et des expositions qui ont trait aux nouveaux arrivants au Manitoba depuis la deuxième guerre mondiale.

Andrea est en charge de mettre à jour la collection des histoires d'immigrants recueillie du début du 20ème siècle aux années 70. Elle va parler à des groupes d'immigrants philippins, éthiopiens, mais aussi allemands et mexicains. Ces communautés sont arrivées à différentes périodes et il serait très intéressant d'entendre les histoires que leurs membres ont à raconter.

Déporté

Un cas de déportation attire l'attention dans les nouvelles cette semaine, celui de Beyan Dunoh Clarke reconnu coupable pour le meurtre d'un enfant de deux ans. Six ans après le triste évènement, la Cour a jugé Clarke comme étant dangereux pour le public canadien et ainsi ouvert la porte à la règle de la Convention de Genève pour les réfugiés qui permet sa déportation vers le Liberia dont il s'est enfuit en 1999.

Le cas est présenté dans les nouvelles, entre autres ici.

Togo-Bénin-Canada: histoire d'un réfugié

Dans sa série sur les nouveaux arrivants, l'émission de Radio-Canada "Ici l'été" présente Akakpo Kpalete, 64 ans, un canadien d'origine togolaise qui s'est réfugié au Bénin pendant 15 ans avec sa famille, à cause des remous politiques dans son pays natal.

Parti en mars 1993, il franchit d'abord une distance de 50 kilomètres à pieds jusqu'à Aneho, une ville voisine où il transite pendant deux ans. Puis, au Bénin, il se réfugie dans une mission catholique qui prend également en charge ses enfants. De 1995 à 2010, Caritas, la Croix-Rouge et le Haut Commissariat pour les Réfugiés vont jouer un rôle important dans sa vie.

Arrivé au Canada le 16 juin 2010, il est agréablement surpris par l'accueil qui lui est réservé. Très vite sa famille s'installe et s'adapte. Aujourd'hui, malgré la noyade d'un de ses fils l'an dernier, M. Kpalete qui s'est installé à Gatineau, entrevoit un avenir radieux au Canada.


IDM rencontre: la Garderie Ponpon Daycare




L'entreprenariat est une option viable pour les nouveaux arrivants dans un pays, quant il s'agit de trouver un emploi. S'ils n'ont pas été formés dans le pays d'accueil, leurs acquis académiques sont difficilement reconnus et ils doivent bien souvent se reconvertir dans des professions différentes de celles pour lesquelles ils s'étaient formé. IDM a choisi de jeter un regard particulier à cette solution à l'emploi.

La garderie Ponpon est une entreprise privée qui fascine de par sa taille (80 places) et de par l'ambition de ses propriétaires. En général, les services de ce genre sont offerts au privé par des familles qui, c'est la loi, peuvent garder chez elles 6 ou 7 enfants tout au plus. L'industrie est également majoritairement dominée par les femmes. Pour les soeurs Kenny Joyce et Tamara Calci, l'opportunité s'est présentée sous forme de besoin pour l'une et de capacité pour l'autre. Elles ont vu plus grand en se lançant en affaires et décidé d'offrir des services à un plus grand nombre d'enfants en mettant l'emphase sur une meilleure qualité pour rentabiliser l'affaire.

Combinant le sens des affaires-justement- et l'expérience de la première avec les connaissances techniques de la deuxième, elles ont créé la Garderie Ponpon Daycare en 2011 à Aylmer, une des villes qui forme la grande ville de Gatineau, en Outaouais, dans la Région de la capitale nationale du Canada.

Bien que cette région qui fait frontière entre le Québec et l'Ontario favorise l'entreprenariat, le projet a mis trois ans à se concrétiser. C'est que les services à la petite enfance sont très règlementés au Canada et au Québec en particulier. Il faut s'armer de patience et persévérer et... ne pas être seul pour franchir toutes les étapes du lancement d'un tel projet. Outre le désir et la passion pour ce type d'entreprise, c'est justement un système de soutien et un réseau solides qui ont permis à Kenny et à Tamara de réussir. Ce sont d'ailleurs là, au-delà de l'opportunité, les ingrédients principaux qu'elles recommandent pour le succès de toute entreprise: la passion et un système de soutien sans faille.