Le visage de l'ombre

Je viens de réaliser une interview avec Iman Eyitayo, jeune écrivaine d'origine béninoise vivant entre Paris et le Québec. Iman vient de publier son premier livre et on sent autour d'elle la frénésie des nouveaux départs et des belles réalisations. Iman, c'est aussi une Mopaya, une "étrangère", une bourlingueuse qui a roulé sa bosse sur les trois continents si chers à la Diaspora africaine, la terre mère Afrique, l'Europe et l'Amérique. Je vous livre ici ses propos et nos échanges, qui ont eu lieu entre Ottawa et Paris, dans le confort de nos salons respectifs.


3 mai 2012 – Conversation avec Iman Eyitayo

[15:32:13] Toun: Salut Iman, je viens d’apprendre que tu as publié un livre. Quel en es t le titre ?

[15:32:39] Iman: "Le visage de l'ombre", c'est le 1er tome de la série "Coeur de flammes"

[15:33:02] Toun: Combien de livres font la série? Pourquoi une série?

[15:34:27] Iman: Quatre tomes. Pourquoi une série? A vrai dire, je voulais explorer plusieurs facettes de mes personnages (certains viennent de mondes différents, donc avec des cultures différentes), les voir évoluer et aussi simplement parce que l'histoire me l'impose ! Il me serait impossible de tout raconter en un tome ou alors il ferait facilement 1800 pages !

[15:34:52] Toun: (sourires) Ton site explique un peu comment tu en es arrivée à écrire. Cependant, tu parles d'un évènement marquant qui aurait été le déclic. Peux-tu m'en dire plus?

[15:38:10] Iman: en fait, après avoir été diplômée, j'ai obtenu un CDI, c'est un peu le sacre en France, le fameux contrat à durée indéterminée. En général, obtenir son autorisation de travail est une formalité. Alors j'ai lancé ma demande, persuadée (aussi bien moi et mon entreprise) que je l'avais haut la main (je précise qu'aux yeux de tous j'ai un dossier en béton: diplômes et tout ça...). Mais après un mois à faire mes preuves, j'ai reçu une lettre de l'administration disant que mon autorisation de travail était refusée. Ca a été un choc. Vraiment. Je me suis retrouvée sans revenus, sans statut, du jour au lendemain. J'ai dû quitter mon entreprise le jour-même. Certes mon entreprise a entamé une démarche auprès du tribunal mais c'est long et en attendant, je n'ai pas le droit de travailler. Je ne savais plus quoi faire alors écrire était ma seule consolation. J'ai écris sans relâche pour essayer de ne pas y penser.

[15:48:02] Toun: "Rien ne surpasse en difficulté notre propre incapacité a accomplir quelque chose" cite Marie-Anne Keverian sur le site de Créateurs d'avenir, un concours d'entrepreneurs du Québec.  Plusieurs écrivains se sentent "refoulés". Les aléas de la vie, le travail, la course après le temps et surtout le manque de confiance en soi. Au delà, des millions de personnes abandonnent leurs rêves pour les mêmes raisons. Que recommanderais-tu à une "rêveuse refoulée ou un rêveur refoulé"?

[15:58:30] Iman: Je dirais qu'on ne vit qu'une fois et que la peur de l'échec est certes normale, mais inutile. Je veux dire, lorsque j'ai fait lire mon livre pour la première fois à ma soeur, je ne pensais pas du tout à me faire publier, j'étais certaine que c'était du "gâchis" mais je savais aussi que "je n'avais rien à perdre, rien à miser". J'étais déjà dans le fond (selon ma conception de la chose). Et là, le miracle. Ma soeur me rend le manuscrit, avec pour ordre "d’écrire la suite!" J'ai d'abord pensé, "c'est la famille", puis les critiques amicales ont suivi. Au final, je pense que lorsqu'on a l'impression d'avoir réalisé ses plus grandes peurs, on ne risque plus rien, on n'a plus peur. Et c'est dans ces moments là qu'on fait les plus grandes choses. Je dirais que l'échec est une possibilité certes, mais qui ne devrait freiner personne dans son élan. L'échec est même ce qui nous permet d'avancer.

[16:02:42] Toun: À travers les aventures d'Aluna ton personnage principal, évoquerais-tu également le cheminement de migrants et d'immigrants? Cette histoire est-elle en partie inspirée de tes propres pérégrinations?

[16:08:06] Iman: En fait, à l'origine le personnage d'Aluna a été créée de l'esprit d'une enfant (noire bien sûr) de 11ans qui avait peur du rejet, c'était un peu la matérialisation de ce que je voyais dans la vie: le non droit à l'existence, l'impossibilité de s'exprimer, l'obligation de taire son nom et de se cacher. Je dirais que c'est probablement plus en lien avec la place de l'enfant noir dans sa propre société qui quelque part fait aussi écho à celle de la société noire dans le monde: existence mais dans l'ombre. Le détail qui tient vraiment de mon expérience d'immigrée, c'est le Régisseur: ce tyran qui s'impose en maître sur Iriah et qui n'avait à l'origine pas cette forme et cette importance dans l'histoire. Cette injustice dans mon monde reflète assez bien (je pense) certaines aberrations du système dont je suis en quelque sorte la victime aujourd'hui.

[16:10:21] Toun: Plusieurs thèmes intéressants s'y recoupent donc. Comment peut-on se procurer "Le visage de l'ombre"?

[16:11:45] Iman: Il existe sous trois formats à ce jour: le format mobi sur amazon, le format epub sur www.lulu.com et le format papier toujours sur www.lulu.com. Un format epub devrait être disponible sur Apple d'ici quelques jours.

[16:16:46] Toun: Il est quelle heure à Paris?

[16:16:58] Iman: 22h15

[16:17:10] Toun: Je suis heureux que Skype nous ait permis d’avoir cette conversation. Merci, au nom des lecteurs d’Indigène du monde, pour ton ouverture et pour l’inspiration. Merci Iman, et bon succès à ton livre!!

[16:17:15] Iman: De rien :)

Leçons de succès

Un film de TED et un article du Courrier international ont attiré mon attention ces dernières heures.

Dans sa présentation de juin 2007 à Arusha (Tanzanie), William Kamkwamba décrit comment il a fournit son village au Malawi en électricité à l'âge de 14 ans, en mettant en place une éolienne!

Advenius Ritonga de Sumatra a quant à lui bravé les interdits sociaux et, en devenant tisserand, décidé de se lancer dans une profession strictement réservée aux femmes. Il connaît beaucoup de succès.

J'apprends que les gens qui réussissent ont quelques points en commun:
- ils ont une vision et savent ce qu'ils veulent, pourquoi et comment y arriver
- ils utilisent le changement et l'adversité comme un vecteur positif et source de motivation
- ils n'hésitent pas à se mettre au travail et persistent malgré le scepticisme de leur entourage.

En passant, William a beaucoup amélioré ses capacités d'orateur en quelques années. Le voici en juillet 2009 en Angleterre.




(Mauvaises) nouvelles

Je n’écoute plus les nouvelles depuis quelques mois. Je me suis évadé du monde pour prêter attention à la route qui défile, à la neige qui fond et au gazon qui pousse. Ce matin, pourtant, mon réveil étant réglé sur « radio » plutôt que sur « sonnerie », je n’ai pas échappé au déferlement de mauvaises nouvelles.

Tandis qu’à Toulouse, en France, trois enfants et un adulte sont assassinés à coup de révolver dans une école juive (les politiciens parlent alors d’antisémitisme abject et non plus d’infanticide abject– les priorités diffèrent), des jeunes étudiants de London (Ontario) sont tellement ivres et violents durant la Saint-Patrick qu’ils font fuir la police; une femme est quant à elle mortellement heurtée par un véhicule qui venait en sens inverse et tandis que les NEUF autres personnes qui l’accompagnaient effraient le conducteur au point de le faire fuir, c'est un voisin qui tente en vain de la réanimer. Mortel Saint-Patrick.

Onze personnes –pas une, ni deux, ni trois mais ONZE- veulent remplacer l’irremplaçable Jack Layton, chef du Nouveau Parti Démocrate (NPD) et de l’opposition officielle décédé d’un cancer quelques semaines après les élections. Il faut bien que la lutte continue, mais onze candidats ?! Je vous passe les détails du procès pour agressions sexuelles sur jeunes garçons mineurs d'un coach de hockey, les 3000 pertes d’emploi chez Air Canada et autres belles nouvelles. J’ai rendu grâce à Dieu d’être en vie, entier, et d’avoir un emploi. Je me suis promis de mieux régler mon réveil demain… à moins de vouloir des "histoires  dormir debout pour tenir le coup"(Cf. Rotatives, de Guy Béart)

FoQ

J’ai récemment découvert Fisica o Quimica ("Physique ou chimie"), une série espagnole créée par Carlos Montero et diffusée entre février 2008 et juin 2011. Cette série en sept saisons qui traite de la vie de professeurs et d'élèves du Lycée Zurbaran à Madrid, a même battu les records d'audience de la série Les Experts (CSI). Je l'ai découverte sur Tou.tv et j'ai adoré les deux premières saisons. La bande sonore de chaque épisode est unique et les chansons sont choisies en fonction du sujet traité. 

Irène et Blanche, professeurs au coeur tendre et Ruth, César, Jules, Lola et Fred m'ont fait craqué et m'ont ému pendant des heures. FoQ m'a d'une part fait revivre mes souvenirs d'adolescents et des moments forts de mes années lycée: les amours, la poésie, le sport, les amitiés, les trahisons, la quête d'identité. D'autre part, j'ai redécouvert ma passion pour l'Espagne et la langue de Cervantes en écoutant de larges extraits en version originale. Enfin, les sujets difficiles que sont le racisme et l'homosexualité y sont franchement abordés. 


"La mitad de lo / que hemos vivido / hace mas ruido / que el ruido de un canon"
"La moitié de ce que nous avons vécu fait plus de bruit que celui d'un canon" (trad. libre)

Panorama des leaders africains

En passant sur un des mes sites préférés, Je Wanda Magazine, je suis tombé sur une série intéressante: le panorama des leaders africains. Deux articles et les personnes qui y sont décrites ont attiré mon attention. Il s'agit d'Ory Okolloh, activiste et juriste kenyane que j'avais déjà vu sur TED (voir ci-bas) et de Herman Chinery-Hesse, homme d'affaires ghanéen pour qui les technologies de l'information constituent une opportunité à ne pas manquer pour le développement de l'Afrique. "La technologie constitue pour l’Afrique le seul moyen de devenir riche. Nous ne sommes pas dotés d’une infrastructure appropriée et nous ne pouvons pas rivaliser en ce qui concerne la production… Mais si vous m’asseyez devant un ordinateur personnel et que vous me demandez de créer un logiciel pour un client chinois, je peux affronter pied à pied quiconque qui s’essaie à la même chose aux États-Unis d’Amérique".